Jour 114

Le poids des années commence sérieusement à se faire sentir. Je me fatigue beaucoup plus vite et ce n'est pas mon travail qui arrange les choses.

Mais je me suis fixé des objectifs et je compte bien les réussi avant de quitter cette terre. 

Je pense Esteban sent lui aussi que je n'en ai pas pour longtemps et même si il refuse toujours de me pardonner, il fait ce qu'il peut pour m'aider.

Depuis la disparition de Florent, c'est lui qui s'occupe de ses frères et sœurs. Le fait qu'il ne reporte pas la haine qu'il ressent pour moi sur eux me rassure. Je ne laisserais pas derrière moi une guerre des tranchées et ils pourront continuer à vivre ensemble dans la bonne humeur.

Peut-être même plus que maintenant. Esteban pourra enfin arrêter de me haïr de toutes ses forces et il pourra passer à autre chose. Peut-être qu'il se décidera enfin à fonder une famille avec Stéphanie. 

Je me demande si les autres auront un jour une conversation à ce propos avec lui. Aucun d'entre eux n'est pas assez vieux pour se souvenir de Julien mais l'un d'entre eux finira bien par chercher à savoir qui est l'homme dont on conserve l'urne dans un coin de la maison. Même si c'est sans doute pour les mauvaises raisons, j'ai pris le parti de ne pas en parler moi-même avec eux. Ils sont trop jeunes pour ce genre de chose et je ne suis pas prête à répondre encore une fois à l'avalanche de questions que ces révélations vont engendrer. 

Et je pense qu'il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte de la barrière qui me sépare de mon premier fils et du froid qui s'installe dès que nous nous trouvons dans la même pièce.