Jour 147

Pour me changer les idées, j'ai décidé de me remettre sur le cas Julien. Et plutôt que de continuer à jouer au chat et à la souris, je voulais le prendre en embuscade à son retour du travail et de ne pas le lâcher tant qu'il ne m'avait pas tout avouer. J'avais quand même assez d'informations en ma possession pour le faire flancher.

Malheureusement je ne pouvais pas compter sur un Julien un peu diminué par la perte de notre frère. Lui et Esteban n'ont jamais été proches et sa disparition ne l'a pas beaucoup affecté. Les sentiments contraires que mes deux frères avaient pour Florent n'ont pas aidé, pas plus que l'affront que ma mère avait fait en nommant son dernier né du même nom que l'homme qu'elle avait trompé toute sa vie.

Je me suis donc caché en attendant son arrivée et pour ne pas qu'il soupçonne quelque chose, j'ai éteint toutes les lampes du rez-de-chaussé. 

Vers 2h, la porte s'est ouverte et je l'ai entendu avancer dans la pièce, puis s'arrêter. Je suis alors sorti de ma cachette et j'ai allumé une lampe. 

Et ce que j'ai vu m'a fait oublié tout ce que j'avais préparé et pourquoi j'étais là. Mon petit frère était en train d'échanger un long baiser passionné avec celui que j'avais pris pour le prétendant de Cassandra.

Je n'ai pu m'empêcher de laisser échapper un cri de surprise qui les a interrompus.

Je ne sais pas lequel de nous trois était le plus gêné par mon apparition soudaine.

Christian a prétexté devoir rentrer et est parti sans demander son reste non sans avoir lancer un regard à Julien.

Et puis Julien m'a fait signe de m'asseoir ce que j'ai fait sans discuter et il s'est assis à côté de moi.

Nous avons eu une longue discussion cette nuit. 

A propos de comment il avait su très tôt qu'il était un peu différent des autres, de comment la peur du jugement des autres avait forgé son caractère, comment Cassandra avait très vite deviné son secret et l'avait aidé accepter ce qu'il était et à rencontrer Christian il y a quelques années. 

Je comprends mieux pourquoi il est aussi dur avec les gens qui l'entoure. Faire peur et inspirer la crainte avant que l'autre n'est le dessus. 

L'homosexualité de mon frère n'est pas un problème pour moi et e n'arrive pas à croire qu'il ait eu peur de m'en parler. Ou pas assez confiance. 

Je m'en veux encore une fois d'être concentré sur mon travail plutôt que de m'occuper de ma famille. Comment ai-je pu manquer ce que Cassandra avait remarqué tout de suite ? J'ai l'impression que je suis beaucoup moins proche d'eux que je ne pense l'être. Est-ce que c'est pareil avec Marina ? 

Ceci-dit, avec cette jolie pirouette, je n'en sais toujours pas plus. J'en viens même à me demander si Julien n'a pas encore une fois tout calculé pour éviter qu'on découvre son autre terrible secret.

S'il était prêt à me révéler ça alors même que c'était sa hantise, je n'arrive pas à imaginer ce qu'il peut bien faire de ses nuits.

Mais je m'endormirais quand même en ayant la satisfaction que peut-être cette discussion nous rapprochera un peu plus.