Jour 172

Les disparitions, ça nous connaît dans la famille. Et comme je commence sérieusement à m'inquiéter de l'absence de Julien, j'ai pris le taureau par les cornes et je suis allé rendre visite à l'autre branche de la famille, celle qui est généralement responsable des dites disparitions.

Je crois que jamais personne de notre côté n'avait jamais mis les pieds dans le manoir familial des Gothik depuis que ma grand-mère l'avait quitté. 

Quelle contraste avec la cabane qui nous sert de refuge contre la chaleur étouffante du désert d'Oasis Spring. De ce côté, la verdure a déjà repris ses droits et le temps est beaucoup plus agréable. Le quartier a été beaucoup moins touché par la catastrophe et les terrains se vendent à pris d'or, bien au dessus de nos moyens.

Le manoir est posé là, sinistre vieillie bâtisse qui devait être debout depuis bien des années avant même que tout nous tombe dessus. Et bien que les Gothik doivent en avoir les moyens, ils n'ont rien fait pour en améliorer l'aspect. Je me demande même comment ma grand-mère a réussi à ne pas finir dépressive en habitant la dedans.

Mais en même temps, il avait bien l'allure d'un repère de méchant. 

J'avoue avoir frappé avec une certaine appréhension ne sachant pas trop ce qui allait m'attendre et je commençais même à regretter d'être venu quand la porte s'est ouverte sur une jeune femme.

Et si j'avais su que j'allais perdre mon temps, j'aurais fait demi-tour tout de suite. 

Pendant la petite heure durant laquelle je suis resté, j'ai appris qu'Edouard était mort quelques jours plus tôt et que sa fille, Demona, avait repris les affaires de la famille. Sous-entendu, c'est à elle à qui nous allions avoir affaire maintenant. Et elle avait vraiment la tête de l'emploi. Rien en elle ne m'inspirait la moindre confiance. Rien que son prénom invitait à se méfier d'elle. 

Mais j'ai gardé tout ça pour moi et bien sûr, après voir échangé quelques mondanités, j'ai vite amené la discussion sur le sujet qui m'avait fait venir. Julien. Mon plan était simple. Lui poser quelques questions et partir. J'avais beau chercher désespérément mon frère, je n'étais pas prêt non plus à déclencher ouvertement une guerre sans avoir aucune preuve de ce que j'avançais.

Une fois parti, j'avais l'intention d'attendre, caché, que quelque chose se passe. 

Mais alors que je m'attendais à entendre une pile de mensonges pour cacher son implication dans la disparition de mon frère, je me suis retrouvé face à de l'indifférence totale, voir de l'ennui. J'ai appris à détecter certains signes qui ne trompent pas et à mon grand malheur, elle a été beaucoup plus honnête que moi dans cette rencontre. Elle n'avait rien à faire de mon frère et encore moins de sa disparition. Mais j'ai bien vu dans son regard qu'elle en avait après moi et que si elle avait pu, elle m'aurait fait moi aussi disparaître sur le champ. Ma petite victoire avec la prise de l'Agence et l'arrestation des hommes que sa famille avait placés là pour faciliter leurs affaires avait bien fait son effet. Pour une fois, nous avons vraiment réussi à leur mettre des bâtons dans les roues. Et ma nouvelle position l'empêchait de faire quoi que ce soit. 

Mais aussi étrange que cela puisse paraître, je l'ai cru quand elle m'a dit qu'elle ne savait pas ce qui a avait bien pu arriver à Julien. 

Je suis donc reparti bredouille et plutôt confus. Si même les Gothik ne savent pas ce que mon frère était devenu, il était temps de vraiment s'inquiéter. Pour me rassurer, j'ai quand même placé quelques hommes de confiance à la surveillance du manoir, on ne sait jamais. Peut-être que cette Demona est une très bonne actrice après tout. Je me fais vieux et je ne suis pas infaillible. Ou qu'un de ses sbires n'ait voulu faire du zèle pour bien se faire voir. 

En tout cas, une chose est claire, je vais devoir faire attention à moi et redoubler mes efforts pour mettre la main sur ce fameux fichier.