Jour 351

Ce qui je regrette le plus, c'est que Damien n'ait même pas attendu que je souffle mes bougies pour partir. On aurait pu faire les vieux ensemble, on aurait bien rigolé tous les deux.
Au lieu de ça, j'ai eu droit à un petit repas préparé par mon fils et qu'on a mangé à la va-vite devant un film en attendant qu'il soit l'heure d'aller travailler.
Ce n'est pas vraiment comme ça que j'avais imaginé mon dernier anniversaire. Mais je ne peux pas en vouloir aux autres. Moi non plus, je n'avais pas trop la tête à ça. Mais Achille a quand même voulu marquer le coup, peut-être en pensant me redonner un peu le sourire. Et ça a marché, l'espace de quelques minutes. Et puis la réalité a repris ses droits. Mais rien que pour ces quelques instants, je ne l'en aime que plus, si c'est possible.
Si seulement les circonstances avaient été différentes.
Et pour ne rien arranger à mon moral., je vais devoir redoubler d'efforts au boulot, tout en me fatiguant deux fois plus vite. Mon heure de gloire est passé, je ne vais plus pouvoir compter uniquement sur ma popularité. Parce qu'une petite vieille dans un lieu branché où les petits jeunes aiment se retrouver, ça fait un peu tache. Et personne ne veut voir ça. Ils n'ont pas besoin d'avoir un rappel de ce qui les attends quand ils sont là pour se détendre et oublier un peu le quotidien.
Peut-être qu'il est temps que je cherche un lieu de travail un peu plus approprié. Un truc plus calme, plus convivial, où les gens m'apprécieront à ma juste valeur et ne me jugeront pas seulement sur mon apparence.
Ça ne serait qu'anticiper l'inévitable. Il ne faut pas que je me voile la face. Il ne serait pas étonnant qu'on me pousse doucement vers la sortie en me demandant si je ne serais pas intéressée par une retraite bien méritée ou en me remisant dans un placard où personne ne me verra. 
Il n'y a même pas un maigre espoir qu'on me propose un poste de manager. Les critères de bases sont les mêmes pour tous les postes là bas.
Dire qu'il y a quelques jours, je me sentais si bien et je me voyais déjà au sommet. La chute sera plus dure, comme on dit.
Cette stupide catastrophe aurait pu nous rendre insensible aux ravages du temps, au lieu d'accélérer notre développement. J'ai comme l'impression que plus on vieillit, plus on se fait avoir.