Jour 357

En fait, la vie n'est pas si terrible de ce côté-ci de la barrière. Moi qui redoutait tant de devoir aller travailler après avoir attrapé mes premiers cheveux blancs, maintenant j'ai plutôt envie de danser.
Certes, ma vessie se remplit toujours à une vitesse folle et j'ai l'impression d'être toujours fatiguée sans arriver à rattraper mon sommeil, mais le regard des gens au bar n'a pratiquement pas changé comme je le craignais. Et si c'est possible, j'ai même l'impression qu'ils m'admirent encore plus pour mon audace et ma ténacité.
Tout le monde veut être servi par la petite mamie derrière le bar. Et rien que ça, mine de rien, ça m'a valu une promotion et une grosse augmentation. Mes patrons y voit une véritable mine d'or et ils ne laisseront pas passer une occasion de capitaliser sur ma présence. Ça et le fait qu'ils gagnent aussi une bonne réputation en militant pour le travail des séniors. Disons que cette relation est donnant-donnant, d'autant plus que je ne fois ma nouvelle position qu'à mon talent et la persévérance. Je ne serais pas là non plus plus si je n'avais pas fait un minimum d'effort. Je serais dans mon placard depuis longtemps si personne ne voulait boire mes cocktails. Finalement, moi aussi j'ai ce petit truc que tous les Touguézeur ont.
Je n'ai pas révolutionné le monde mais au moins, je suis devenue quelqu'un. Et tout a commencé quand j'ai finalement embrassé qui j'étais et que je suis venue vivre ici.
Être entourée de tous ces souvenirs, tout cette histoire, ça donne vraiment envie de tout donner pour en être digne. 
Et selon mes propres critères, je le suis enfin. 
Alors ce soir, je danse.