Jour 460

C'est à croire que quelqu'un essaie vraiment de me faire passer un message. Comme si ce n'était pas le moment d'étaler au grand jour le linge sale des Gothik, mais plutôt de se retrouver en famille et de profiter les uns des autres. Qui sait ce qui va se passer quand l'offensive va commencer.

Après papa hier, c'est Léonard qui nous a quitté. 

C'est incroyable de comparer à quel point sa vie a été courte par rapport à celle de papa.

Il est né longtemps après lui et pourtant il n'a tenu qu'un jour de plus.

J'espère que c'est dans les gènes et que moi aussi je pourrais profiter d'autant de temps, voir plus. Je ne suis pas vraiment prête à aller rejoindre mes ancêtres.

De qui pourrait arriver plus ou moins rapidement si je ne fais pas attention à ce que je fais et si je ne suis pas sûre à cent pour cent que c'est le bon moment de montrer mon jeu.

Et dans l'état où je suis après avoir perdu ces deux membres de la famille en l'espace d'à peine deux jours, ce n'est vraiment pas le moment. Je suis trop abattue, trop émotive pour affronter nos pires ennemis, et gagner la guerre. J'ai l'impression que je pourrais m'effondrer sans trop de problème. C'est dur de cacher ses émotions quand on arrive à peine à se contrôler.

D'autant plus que je suis sensé les détester et que j'ai besoin de toute ma concentration pour ne rien laisser filtrer au travail. C'est très très dur.

Et bien sûr, le moment est aussi mal choisi pour parler de tout ça avec le reste de la famille. Ça serait vraiment il insensible de ma part de ne pas leur laisser le temps de faire leur deuil avant de leur infliger toutes mes incertitudes.

La fin des Gothik est reportée de quelques jours mais ce n'est que partie remise. Ça peut bien attendre un peu. Depuis le temps qu'ils sont en liberté, qu'est-ce que deux jours de plus va bien pouvoir changer ? Ce n'est pas comme s'ils allaient s'envoler !

Et puis cette victoire aurait tellement un goût amer si elle arrivait maintenant.

Le souvenir de la perte de nos proches ne ferait que ternir ce moment triomphant. Le cœur ne serait pas à la fête.

Je sais que ce ne sont encore que des excuses pour retarder l'échéance, mais je viens de perdre mon père, j'ai bien le droit à une petite pause pour reprendre mon souffle 

Dès que tout se sera calmé, je me lance, promis.