2. La licorne

« Rassures-moi, tu t’es un peu reposé quand même ?»

« Oui pourquoi ?»

« A part ta tenue, je te retrouve exactement au même endroit qu’hier soir, en train de faire la même chose.»

« Il fait chaud, je me rafraîchis un peu. Tu ne voudrais pas que je me déshydrate quand même.»

« Tu peux aussi aller boire quelque chose.»

« Je te rappelle que j’ai même pas d’argent pour me construire un toit. Je préfère économiser mes vivres.»

« Comme tu veux, mais rester sous la pluie aurait sûrement été suffisant. En attendant, il est temps de te remettre au travail. Tu as des factures à payer.»
« Je vois que tu t’es fait plaisir ! C’est un bien beau chevalet que tu as là. Les choses sérieuses commencent et tu vas pourvoir gagner un peu plus d’argent.»

« Oui, je l’ai acheté avec ce que j’ai récolté en revendant les fleurs sauvages. Encore envie de te moquer de moi et mes idées ?»

« Non, c’est vrai que c’était plutôt une bonne affaire. Tu peins quoi pour ton premier coup de pinceau ?»

« Le paysage m’inspire, je pense que ça va être encore un vrai chef d’oeuvre.»

« Comme tes croquis ? J’ai hâte de voir ça alors.»

« Waouh ! C’est un sacré coup de soleil que tu as là. On dirait un homard.»

« Si tu m’avais laissé jouer tranquillement dans la flaque, on en serait pas là !»

« J’ai plutôt envie de dire que si tu avais enfilé une autre tenue, tu aurais eu moins de chance d’attraper ce vilain coup de soleil et de ressembler à une écrevisse. Allez, va mettre quelque chose sur tes épaules, tu as un tableau à finir»

« Je peux dire quelque chose ?»

« Critique ou observation ?»

« Observation.»

« Ok, va-y.»

« C’est sensé être le paysage ? Parce que ça n’y ressemble pas du tout. L’arbre en bas à droite, pourquoi pas. Par contre le reste...»

« Tu avais dit que t’allais faire une observation. Je prends plus ça comme une critique !»

« Non, non je t’assure. Je trouve ça ... original.»

« De toute façon, tu comprends pas rien à mon art».

« Ça doit être ça. Tu es un artiste incompris.»
« Encore une forme d’expression artistique ?»

« Non, les toilettes sont bouchées. Normal, ils sont à ciel ouvert, y a tout et n’importe quoi qui tombe dedans.»

« Si tu baissais la cuvette de temps en temps aussi.»

« ...»

« Tu n’es pas allé te coucher ?»

« Non, je voulais peindre un second tableau pour te prouver que j’ai du talent. Tu aimes ?»

« C’est très ... spécial. Ça représente l’esprit de la femme idéal qui souffle dans ta direction pour guider ta dulcinée vers toi ?»

« Non c’est un nuage qui souffle pour faire de la place au soleil. Le ciel est gris, tu ne le vois pas ? »

« Je crois surtout que tu as besoin d’un peu de sommeil.»

« Je vois que tu as suivi tous mes conseils. Rien de tel qu’un bon rafraîchissement. Tu l’as trouvé où cette noix de coco ?»

« C’était dans le frigo. C’est un frigo d’étudiant tu sais. Il y a tout ce qu’il faut pour faire la fête dedans.»

« Encore faut-il avoir des amis avec qui faire la fête. Tu as prévu de faire quoi aujourd’hui ?»

« Je vais sûrement retourner cueillir des fleurs, avec un peu de chance, je vais pouvoir économiser assez pour me faire construire un petit quelque chose avant l’hiver.»

« Ça serait plutôt bien oui !»

« Incroyable, tu as décidé de faire le ménage aussi ? Je n’en attendais pas autant de toi.»

« Malgré les apparences, je suis un type plutôt soigneux tu sais. Quand je peux jeter quelque chose je le fais.»

« Et les plats que tu laisses trainer partout ? Tu ne peux pas les mettre à la poubelle non plus ?»

« Non, la vaisselle est pas en carton. Je vais pas la jeter ! Mais j’ai pas d’évier non plus, alors en attedant je l’empile dans un coin.»

« Ce n’est pas très propre tout ça.»

« C’est chez moi ici. Je fais ce que je veux.»

« Et bien ce n’est pas comme ça que tu vas trouver quelqu’un. La pauvre fille, elle va partir en courant en voyant ton système.»

« C’est bien, tu as pensé aux factures, j’avais complètement oublié.»

« Heureusement que j’attends pas que tu me le rappelles, c’est un coup à faire venir l’huissier tout ça. Et après les voisins en profitent pour faire courir des rumeurs totalement mensongères.»

« Et tu peux m’indiquer où sont tes voisins ? Je te rappelle que tu habites à l’écart de la ville et que la seule construction du coin est un parc où on ne vois quasiment personne la plupart du temps. Je pense qu’au niveau des rumeurs, on est plutôt blindé. Après, si l’huissier se met à parler c’est une autre histoire. De toute manière, il n’aura jamais à passer, n’est-ce pas ?»

« Je veille au grain, pas de souci.»

« Tu ne devais pas aller ramasser des fleurs ?»

« J’ai déposé les toiles que j’ai peintes hier. Et je voulais d’abord me renseigner au dépôt-vente.»

« Sur quoi ?»

« Je voulais savoir s’il accepterait de revendre des fleurs. Je me disais que je pourrais peut-être gagner encore plus d’argent si je pouvais les revendre chez lui au lieu de les revendre directement.»

« Et alors ? Il a dit quoi ?»

« Il a dit que c’était trop compliqué. Les fleurs, ça fâne tout ça.... Et il a pas ce qu’il faut pour les conserver correctement s’il arrive pas à le vendre rapidement.»

« Ce n’est pas une mauvaise excuse. Ne t’en fais pas, quelque chose me dit qu’il ne sera plus le seul moyen de revendre quelque chose dans pas très longtemps.»

« Ah bon ? Tu as entendu quelque chose à ce sujet ?»

« Oui, mais ce ne sont que des rumeurs pour l’instant, je préfère ne pas en parler tout de suite.»
« Elle sent bon les simflouzes celle-là ?»

« Non pas vraiment. Elle est assez commune. Mais un simflouze est un simflouze.»

« Tu as raison, c’est toujours ça de plus dans ta tirelire.»

« C’est quoi derrière toi ? Ce n’était pas là hier !»

« Une piste de patinage. Le festival d’été vient d’arriver en ville. On y trouve pas mal d’activités. Je vais rester un peu, peut-être qu’une jolie demoiselle va arriver. Qui sait ? Elle pourrait aussi être ma future femme.»

« Alors, la pêche est bonne ? Je vois que tu as trouvé un filet.»

« Très drôle. Non, y a pas grand monde. Mais j’essaie quand même de me faire des amis. Peut-être que l’un d’entre eux a ma future femme parmi ses connaissances.»

« Ne te fais pas mal, il ne faudrait pas que tu réceptionnes mal le ballon et que ton visage deviennent difforme. Cela réduirait fortement tes chances.»

« Il faudrait penser à consulter, c’est jamais arrivé ce genre de choses.»

« Ok, comme tu veux. C’est pour toi que je dis ça. Mais fait quand même attention. Si il t’arrives quelque chose à ce stade de ta vie, ça m’affecte moi aussi.»

 

« Tu t’es encore fait un nouvel ami ? Et d’où tu sors ce plat de hot dog ?»

« Je me suis inscrit au concours de hot dog ! Je ne vais pas rater une occasion de manger un bon repas. Ça me changera des céréales et de la soupe en boite. Et encore plus si c’est gratuit ! »

« Tu sais que tu vas devoir manger tout ça ?»

« Je suis prêt !»

« Et qu’est ce que tu gagnes si tu arrives à en manger plus que ton concurrent ?»

« Des tickets de festivals. Je peux les échanger contre un prix. Et puis au pire, j’aurais eu un bon repas.»

« J’aurais préféré que tu gagnes un peu d’argent mais soyons fou. On ne vit qu’une fois après tout.»

« Alors tu t’en sors ? J’ai l’impression que tu as un peu d’avance sur ton concurrent.»

« Umpf umpf umpf»

« Ok, d’accord. Je te laisse terminer.»

1ersTableaux.png
« Wahou, tu l’as battu à plate couture ! Tu vois  finalement, ta pauvreté à du bon !»

« Plus pour très longtemps. J’ai vendu mes premières toiles.»

« Et ça t’a rapporté combien tout ça ?»

« 45 § »

« Ouais, c’est pas grand chose. J’espère que tes prochains toiles auront plus de succès.»

« C’est bien de croire en moi.»

« Mais si je crois en toi, mais c’est pas comme ça que tu vas l’avoir ton fameux toit.»

« En parlant de toit, j’en peux plus. Je pense que je vais rentrer me coucher.»

« Avec tout ce que tu as manger, soit tu vas bien dormir, soit tu vas passer une très mauvaise nuit. Mais tu ne veux pas aller échanger tes tickets d’abord ?»

« Alors, tu as trouvé quelque chose d’intéressant ?»

« Bof, avec mes 500 tickets y a pas vraiment de prix qui pourrait rendre ma vie plus facile.»

« Au pire tu pourras toujours le revendre.»

« Pas bête ! Allez, je vais prendre cette machine à granité.»

« Et tu pourras même te rafraichir si tu ne veux pas la prendre !»

« Et un point de plus pour moi !»

« Pourquoi ?»

« Tu vois pas ce que je vois ? Une licorne !»

« Et ben ça alors ! Je m’attendais pas à en voir une.»

« Attends, tu savais que ça existait et tu t’es moqué de mon croquis ?»

« Ben je ne pensais pas qu’elle viendrait si près de chez toi. Il faut croire qu’elle apparait ici à Monte Vista. Allez, va lui dire bonjour !»

« Je sais pas, je suis un peu intimidé quand même !»

« Elle va pas t’empaler sur sa corne si c’est ce dont tu as peur. Ce sont normalement des créatures très sympathiques.»

« T’as l’air d’en connaître un rayon quand même sur les licornes. Je sais pas si j’en encore envie de te parler après ça.»

« Si je suis un partie de toi comme tu le penses, tu vas avoir du mal à ne pas te parler. Rien qu’en pensant tu te parles à toi même.»

« ... Je vais allez voir la licorne.»

« Tu vois, elle est sympa !»

« Tu crois pas qu’elle va me manger la main ?»

« Elle te renifle. C’est comme ça que les animaux font pour te juger»

« Tout de même, c’est impressionnant.»

« C’est un animal plutôt majestueux, c’est vrai.»

« Tu crois que je pourrais l’adopter ?»

« Si tu savais tout ce qu’il faut faire avant. Et puis tu crois vraiment que tu pourrais t’occuper d’une licorne alors que tu n’a même pas de revenus stables pour t’occuper de toi-même.»

« Tu as raison. Mais c’est bien dommage.»

«Bon allez, laisse là partir. Je suis sûr qu’elle reviendra, ça a l’air d’être son coin préféré. Et puis tu m’as l’air bien fatigué.»