8. It's been a long long long time

« Adam ? »

« Qui me parle ? »

« Tu te crois malin ? Je suis désolé de t’avoir laissé encore pendant tout ce temps. »

« Tu veux dire abandonné plutôt, non ? »

« Tu es grand maintenant, tu n’as plus besoin de moi pour avancer dans la vie. »

« Je suis un peu perdu quand même. C’est que je me suis habitué à sentir ta présence. »

« Viendrais-tu de me faire un compliment ? Ou tu te moques de moi ? »

«  Je le regrette maintenant. Je sens que je vais en entendre parler pendant longtemps. On peut faire comme si j’avais rien dit ? »

«  On peut faire comme si tu m’en voulais pas d’avoir été absent pendant un certain temps ? »

« Un certain temps ? Tu plaisantes j’espère. Ça fait une éternité que tu n’es pas passé prendre de mes nouvelles. »

« Je suis là maintenant. Mais tu as l’air de t’être très bien débrouillé tout seul. Ta maison est toujours debout, tu es entier… et tu construis un igloo ? C’est pour toi et ta dulcinée ? Je doute qu’il y ait assez de place pour vous deux dans ta petite cabane. »

« Non c’est un projet artistique. Ça me permet aussi de travailler un peu avec la glace, pour m’améliorer avec mes sculptures. Je vois que tu n’as pas perdu ton sens de l’humour. »

« Bon alors, racontes moi ce qui s’est passé après depuis la dernière fois ! »

« Tu crois que tu vas t’en sortir aussi facilement ? »

« Comment tu t’y es pris pour lui demander d’emménager ? Je serais curieux de connaitre sa réaction. »

« Je l’ai invité chez moi, pour lui faire faire le tour du propriétaire et qu’on partage un repas ensemble. »

« J’aurais bien aimé voir sa réaction en voyant ta magnifique demeure. »

« C’est bête, tu aurais été là, tu aurais vu ! »

« Oh c’est bon ! »

« Si tu le cherches aussi ! »

« Allez, continue ! »

« Donc, elle a accepté mon invitation, on a fait le tour de ma demeure, et on a mangé ensemble sans problème. Elle n’a pas fuit et été même très excitée à l’idée de venir vivre avec moi. »

« Même quand tu l’as installée dehors sous la neige pour manger ? Parce que si je me souviens bien, tu n’as pas de place pour une table à l’intérieur. »

« Elle n’a rien dit du tout. Je t’avais dit que c’était la femme de ma vie. Elle n’est pas avec moi pour mon argent, elle est avec moi pour moi. »

« C’est beau de rêver. Même si elle t’aime assez pour venir vivre avec toi dans ta cabane, je suis sûr qu’elle n’est pas ravie non plus. Au pire, elle pensait déjà qu’avec l’argent qu’elle allait amener avec elle, elle pourrait faire deux, trois transformations. »

« Comment tu sais qu’elle allait amener de l’argent ? »

« Ah donc, j’ai raison ? Il y avait une chance sur deux pour que ça soit le cas. Comme on dit, parfois il faut prêcher le faux pour avoir le vrai.»

« Je ne suis pas sûr que ça s’applique ici. »

« Donc tu disais qu’elle était plutôt contente quand tu lui as demandé d’emménager ? »

« Oui, plutôt. Elle s’est tout de suite mise à faire de plans sur ce qu’on allait pouvoir modifier, ajouter dans la maison. »

« Et cela ne t’as pas fait peur ? Parce que personnellement … »

« Pas du tout. C’est la femme avec qui je veux finir ma vie, donc faudra bien qu’on commence à faire des projets ensemble. »

« Oui mais là, elle n’avait même pas encore posé ses valises, qu’elle voulait déjà tout changé ! »

« C’est pas habituel chez les femmes ? »

« Je sens que tu risques de te faire pas mal d’ennemi si tu continues sur cette voie. »

« Bon ben disons qu’elle était juste très enthousiaste à l’idée de venir vivre avec moi parce qu’elle m’aime beaucoup. »

« Oui on va dire ça. J’espère que ça ne va pas mal finir cette histoire. »

« T’as peur qu’elle finisse par m’assassiner parce qu’elle m’aime trop ? »

« Un truc dans ce genre. »

« Tu regardes trop la télé. De toute façon, tu seras là pour l’en empêcher au cas où non ? »

« Encore ça. Je n’ai pas intérêt à disparaître encore une fois. »

« Tu comprends vite. C’est dans ton intérêt que je dis ça. Tu t’en voudrais trop si il m’arrivait quelque chose pendant que tu n’étais pas là. Je suis même sûr que tu t’inquiètes à longueur de journée. »

« Ah tu acceptes quand même que ce n’est pas de ma propre volonté si je t’ai laissé aussi longtemps. »

« Je préfères penser que tu n’as pas choisi en ton âme et conscience de me laisser seul ici. »

« J’ai l’impression que tu es plutôt bien accompagné… »

« Je t’avoue que je n’ai pas à me plaindre. »

« Et elle fait quoi la future madame Touguézeur pour avoir autant d’argent ? »

« Elle en a pas des tonnes non plus. Ça reste très modeste. »

« Et donc ? »

« Elle est styliste au salon de beauté. »

« Tu veux dire qu’elle passe ses journées à vendre des vêtements ? »

« C’est bien réducteur comme définition de son travail. Non elle conseille les gens en matière de mode. Aussi bien la coiffure, que le vêtements et tout ça. »

« Chacun son truc. En tout cas, ça explique les lunettes de soleil, même la nuit. »

« Ça m’étonnait que tu n’es rien dit. »

« C’est juste que du coup ça fait un peu superficiel. »

« C’était juste pour la soirée, ça faisait partie de son look. »

« Tu es devenu professionnel de la mode toi aussi ? »

« Non. Ce que tu peux être agaçant parfois. » 

« Merci. Ça me touche beaucoup. Elle a pas essayé de te relooker aussi ? Parce que tu as un peu le look de la campagne. Pour une fashionista, je sais pas si c’est idéal. » 

« Elle trouve que c’est ce qui fait mon charme. »

« Ah comme la cabane. C’est une expérience pour elle en fait ? »

« On peut savoir pourquoi tu ne l’aimes pas ? »

« Je ne veux pas que tu tombes sur quelqu’un avec qui va te briser le coeur. » 

« Tu arrives un peu tard pour ça. »

« Quoi ? Qu’est ce qui s’est passé ? »

« T’emballes pas. Je me suis mal exprimé. Je disais juste que si tu voulais que je tomber sur quelqu’un de bien et que je ne fasse pas d’erreur, tu arrives un peu tard parce que je suis trop engagé dans cette relation pour tout arrêter maintenant parce que tu as peur pour moi. Et contrairement à toi, je connais bien Rosaria maintenant. Je t’assure qu’elle n’est pas du tout comme ça. »

« Et vous êtes engagés à quel point ? »

« Oh on a tout fait ! »

« Tout fait ? »

« Disons que le lit double que nous avons acheté a bien servi. »

«  Tu m’épargneras les détails, j’en sais déjà trop. »

« On est entre adultes. »

« Vous auriez pu attendre après le mariage. »

« T’es sérieux ? Tu crois à ce genre de chose ? »

« Pas franchement, dans le monde où on vit, ça veut plus dire grand chose. Mais je respecte. »

« De toute manière on a pas l’intention de se marier. »

« Vraiment ? »

« Du moins pas tant que nous n’avons pas les moyens d’organiser une cérémonie. Je veux quelque chose de beau pour ma Rosaria. »

« Que c’est mignon. Ça en serait presque romantique si nous n’avions pas commencé la conversation sur ce que vous faire ensemble tard le soir. »

« C’était très romantique aussi. »

« En tout cas, je vois que vous avez le sens de priorité. Ils vous fallait absolument un lit double. Un deuxième sac de couchage ne suffisait pas. »

« Un peu de confort ne fait pas de mal. Je dors dans ce stupide sac de couchage depuis que je te connais.  Et puis c’est pas comme si on avait fait d’autres folies. On a agrandi un peu, acheté quelques meubles… mais c’est tout. »

« Ça devrait vite changer maintenant qu’il y a quelqu’un avec un revenu régulier dans la maison. »

« Ça serait pas un problème si Rosaria ne s’était pas senti malade peut de temps après avoir emménagé. »

« Elle a du arrêté de travailler du coup ? »

« C’est ça. Donc pas de rentrée d’argent supplémentaire pendant quelques temps avec une personne supplémentaire à charge. »

« Mais c’est grave ? Elle va mieux ? »

« Tu t’inquiètes pour elle ? »

« Non, je m’inquiète pour toi. Tu as l’air très attaché. Et puis c’est une fée, on ne sait pas quelle genre de microbes ça peut attraper. »

« Elle va beaucoup mieux, je te rassure. »

« Je suis soulagé. »

« Et un peu déçu peut être ? »

« Pas du tout. Je ne fais pas totalement confiance à ta moitié mais je ne la déteste pas non plus. Je ne vais pas souhaiter sa disparition. Et puis ça te rendrait malheureux. »

« Pour quelqu’un qui m’a laissé pendant tout ce temps, tu as l’air bien concerné parce qui peut m’arriver. »

« Encore une fois … »

« Je sais, je te taquine. »

« Ah tu en es à me taquiner maintenant ? C’est plutôt bon signe. »

« J’aurais du mal à t’en vouloir trop longtemps. Tu es un peu comme de la famille. Et c’est dur de rester fâché avec la famille. Sauf si c’est quelque chose de vraiment impardonnable. »

« Je vais imprimer ce que tu viens de dire, l’encadrer et l’afficher au dessus de mon bureau. »

« Donc tu as un bureau, et un mur sur lequel accroché quelque chose là où tu es ? »

« Tu aimerais bien savoir hein ? »

« Quand je serais … »

« Quand tu seras quoi ? »

« Quand je serais …. mort. Je serais avec toi là où tu es ? »

« Ça devient sérieux tout à coup ! Je sais où tu seras, mais je ne peux pas te le dire tout de suite. Profite donc de ta vie. Elle vient tout juste de commencer. Allez parle moi encore de Rosaria. »

« Un peu plus tard, Rosaria est venue me voir pour me dire qu’elle avait quelque chose à m’annoncer. Elle avait l’air sérieuse, je t’avoue que sur le coup, elle m’a fait un peu peur. »

« Et finalement elle t’a annoncé quoi ? Parce que j’imagine que ce n’était pas grave. »

« Elle m’a annoncé une très bonne nouvelle. »

« Quel genre de très bonne nouvelle ? »

« Que j’allais être papa ! »

« Quoi ? Déjà ? Vous vous connaissez à peine ? »

«  C’est la première chose que tu penses à dire ? J’aurais pensé que tu serais content pour moi et que tu me remercierais. »

« Non, je suis très content pour toi, je suis juste surpris. C’est plutôt rapide. »

« On a été aussi surpris que toi. »

« Donc vous ne cherchiez pas à avoir un enfant. »

« Non pas vraiment vu l’état de notre compte en banque, c’était pas le meilleur moment. »

« C’est vrai qu’avec un salaire pour deux. »

« Je gagne de l’argent en vendant mes oeuvres. »

« Oui mais c’est pas aussi constant qu’un salaire. »

« Rosaria est payée au relooking. Donc ce n’est pas constant non plus. »

« T’es en train de me dire qu’elle gagne autant d’argent que toi ? Si il n’y a pas de client, vous n’avez rien ? »

« Non elle est aussi payée à la semaine mais c’est pas aussi important que ce qu’elle pourrait gagné si elle était payée à la journée. »

« Vous vivez donc d’amour et d’eau fraiche ? »

« Très drôle. »

« Je me suis lancé dans une autre activité un peu plus lucrative que la sculpture. »

« Ah bon ça rapporte plus et plus vite ? »

« Disons que ça permet de vendre plus de produit plus rapidement. Donc globalement ça peut permettre de gagner plus plus rapidement. »

« Et c’est quoi cette nouvelle activité ? »

« Je suis inventeur. Et après je revends mes inventions au dépôt. »

« Inventeur ? »

« Oui je me suis dit que ça pouvait m’aider à réaliser mon ambition. Je vais peut être créer quelque chose qui va révolutionner le monde. »

« Je n’en doute pas. Tu devrais inventer une machine qui invente pour toi pendant que tu sculptes. »

« Ca serait beaucoup moins satisfaisant. »

« Mais tellement mieux pour ton compte en banque. »

« Il n’y a pas que l’argent dans la vie. »

« Je pense à toi. Et ta famille. Apparemment tu y a pensé aussi puisque tu as décidé de diversifier tes sources de revenues. »

« Forcément que j’y pense. Mais pas besoin de rouler sur l’or non plus. On veut juste gagner juste assez pour manger et avoir un toit sur la tête. »

« C’est déjà pas mal. »

« Comment s’est passé la grossesse ? »

« Plutôt pas mal, aucun souci de ce côté là. »

« Vous avez eu d’autres soucis ? »

« Tu veux dire à part des soucis d’agencement de notre petit chez nous ? »

« Vous saviez pas où vous alliez mettre le petit bout ? Quelle surprise ! »

« Mais si on savait, il fallait juste qu’on gagne assez pour faire les travaux. »

« C’est quand même un sacré tas de soucis. C’est pas très bon pour une femme enceinte de s’inquiéter autant pendant sa grossesse. »

« J’ai jamais dit que ça nous causer des soucis. Je dirais même qu’on était plutôt serein pendant cette période. Si rien n’était prêt, on aurait juste à se serrer un peu plus en attendant des jours meilleurs. La proximité, ça rapproche. »

« Oui, enfin le bébé et la proximité… Il sera juste content de vous avoir à porter de main à chaque foi qu’il a besoin qu’on s’occupe de lui. »

« C’est la vie. J’ai connu pire. Tu te souviens quand je vivais dehors et que mes seuls revenus venait de la vente de fleurs sauvages ? »

« Le bon vieux temps. »

« Le bon vieux temps ? Les coups de soleil, la pluie, le froid… On est peut être serré maintenant mais au moins on est à l’abris. »

« Que de bons souvenirs ! Et vous aviez prévu toutes les éventualités ? »

« Quelles éventualités ? »

« Euh… Je sais pas. Des jumeaux ou des triplés par exemple ? »

« On y a pensé mais on s’est contenté de prier très fort pour que ça ne soit pas le cas. »

« Et vous ne pouviez pas demander à un docteur ? »

« Pas les moyens de payer le médecin. On s’est contenté du strict mininum. »

« Vous avez fait à l’ancienne quoi. Dis moi que vous avez au moins été à l’hôpital pour l’accouchement. Je ne doute pas de tes capacités à aider ta femme dans ces conditions. »

« Oui ne t’inquiètes pas. »

« Un détail qui me vient à l’esprit. Rosaria était toujours une fée quand ton enfant a été conçu, ça veut dire que tu avais 50% de chance que ton enfant soit aussi une fée. Alors ? Quelque chose à me dire ? »

« Je te raconterais plus tard. »

« Je peux au moins savoir le sexe ? Fille ou garçon ? »

« Il va falloir patienter un peu. »

« Tu m’en veux toujours un peu non ? »

« Qu’est-ce qui te faire dire ça ? »