17. La vie est un cliché

« Alors grand-père ? Ça y est ta fiancée t’a quitté pour un petit jeune et tu te retrouves tout seul dans une grande maison ? »

« Tu aurais vraiment du te lancer dans une carrière de comique. Tu as raté ta voie ! Et moi je serais sûrement plus tranquille. »

« Un peu grognon ce matin ! C’est l’âge qui fait ça ? »

« Oui, on t’a pas dit ? Je vais devenir très insupportable. »

« Le cliché du petite vieux en fait ! »
« Quand je suis arrivé, pendant deux seconde j’ai cru que c’était toi en train de peindre. »

« Et puis tu t’es rappelé. »

« Exactement ! Mais je m’y ferai. »

« Ben en attendant, c’est pas toi qui doit te trimballer ce corps tout plein de courbatures. »

« Si je pouvais faire quelque chose, je le ferais. Mais tu peux déjà te rassurer en te disant que ton fils va prendre brillamment la relève ! Son tableau me rappelle quelque chose. Une chose est sûre, il tient de son père. »

« Je sens comme une pointe de sarcasme. »

« Rosaria a raison, t’aurais bine besoin d’un petit relooking, je ne te reconnait pas vraiment comme ça. »

« Si elle pouvait m’enlever quelques années ça serait super. Parce que c’est pas une coupe de cheveux et de nouveaux vêtements qui vont changer grand chose à mon état. »

« Ton état, ton état… Tu n’es pas malade, tu vieillis. »

« Si j’ai une maladie qui s’appelle la vie et je m’approche de l’inévitable conclusion. »

« Je te trouve bien dramatique tout à coup. »
« Et ben voilà ! Ne te sens-tu pas déjà mieux comme ça ? »

« Non mais regarde ça, je suis un vieux gringalet ! »

« Ce sont des choses qui arrivent. Mais faut voir les choses du bon côté, t’as récupéré ton beau chapeau ! »

« Tu crois sérieusement qu’un chapeau va me remettre de bon humeur. »

« Au moins j’aurais essayé. »
« En tout cas la vieillisse t’aura apporté un peu de talent en peinture. C’est plutôt pas mal ce que tu fais. »

« J’espère bien depuis le temps que je m’entraine ! »

« Tu vois enfin le bout du tunnel ! Une fois ton but atteint, tu vas pouvoir prendre un repos bien mérité. »

« Oui je vois la lumière blanche qui me guidera jusqu’au repos éternel. »

« Tu es vraiment pas de bonne humeur aujourd’hui. J’espère que ça te passera ! »
« Ah ben enfin, tu parles de quelque chose de joyeux. Vous vous êtes enfin décidés d’une date pour le mariage ? »

« Je disais à Antonio qu’il faudrait sûrement précipité le mariage. Rosaria serait dévastée si je partais avant.

« Tu es vraiment en train de parler de ça avec ton fils ? Tu veux le traumatiser à vie ? »

« Il est assez grand pour comprendre, et il faut tout prévoir dans la vie. Je ne sais pas combien de temps il me reste à passer ici et je ne veux rien laisser en plan. »

« Comme tu veux, après tout, c’est toi le père. »
« C’est qui cet homme avec Rosaria ? »

« Son amant. »

« Quoi ? Sérieusement ? C’est pour ça que t’étais si grincheux ? »

« Mais non je plaisante. C’est son père ! »

« Il est jeune ! »

« Merci pour moi. »

« Non mais vraiment ! Il fait même plus jeune qu’elle. »

« C’est parce que c’est un vampire. »

« Elle a pas une famille très commune ta fiancée. Vous allez l’inviter ? »

« Il est très peu probable qu’on fasse le mariage en pleine nuit donc je doute. Et Rosaria ne s’entend pas très bien avec lui, elle est juste allé le voir par courtoisie. Il était temps de lui annoncer qu’elle a un fils et qu’elle va se marier avec moi. »

« Ils ont l’air très proche… »

« Si ton père avait sans arrêt envie de te manger, tu serais pareil. »

« Vu comme ça … »
« Tu m’as parlé du père de Rosaria pour ne pas que je vois ça ? »

« Ça quoi ? »

« Le gigantesque incendie dans la serre ? »

« Ah ça ! »

« Oui ça ! Tu veux te tuer ? »

« Non, regarde j’approche même pas, c’est Antonio qui éteint. »

« Vous êtes bien proche tous les deux. Il manquerait plus que vous y passiez tous les deux. »

« T’aurais plus qu’à tout recommencer ! »

« Tu arrêtes un peu d’être aussi négatif aujourd’hui ? »
« Vous appelez enfin les pompiers ? »

« Mais non l’incendie est maitrisé depuis longtemps. Pour quelqu’un qui est sensé tout savoir, tu ne sais pas grand chose. »

« Peut être que je fais semblant pour pas t’intimider ? »

« Tu fais bien semblant alors ! »

« Bon alors, il appelle qui ton fils ? »

« Comment veux-tu que je sache ? Je ne passe pas mon temps à l’espionner ! »

« J’espère que tu fais quand même un peu attention à ses fréquentations ! »

« Je suis sûr que si il était en mauvaise compagnie tu m’aurais déjà averti. »

« Si j’ai bien compris, je suis sa nounou. »

« Il faut bien que tu serves à quelque chose. »

« Tu commences à m’énerver aujourd’hui ! »

« Pour une fois que les rôles sont inversés ! »

« Peut-être que sa mère en sait plus ! »

« Il est plutôt en train de lui raconter ce qu’il s’est passé pendant son absence. »

« Je serais elle, je voudrais aussi être au courant que mon futur mari et mon fils ont faillir mourir brûlés vifs. »

« C’est un détail. »

« Je ne vais pas commencer à te contredire on en finirait plus. De toute manière, j’ai plus l’impression qu’il lui parle de sculpture. Il est sans doute complément en admiration devant ta maitrise complète de la chose. »

« L’espoir fait vivre. »

« Et voilà, tu es de nouveau négatif. Si ça continue, je t’envoie voir un spécialiste ! »

« Il n’y pourra rien le pauvre, sauf si il peut me rendre les années perdues. »

« J’espère que tu vas te faire à ta nouvelle condition rapidement, ça devient dur ! »
« Bon ton fils vient de quitter la maison. Je vais le suivre, ça m’intrigue. »

« Il est parti rejoindre son gang de dealer. »

« Très drôle. Si c’était le cas, j’imagine mal que cela soit ta vraie réaction. Remarque vu comment tu es en ce moment, je ne suis plus sûr de rien.»

« Même si je te disais où il va, t’irais quand même voir. »

« Parce que tu sais quelque chose ? »

« Non rien du tout. »

« Ça t’intéresse ? Je peux te tenir au courant si tu veux. »

« Je n’ai rien d’autre à faire qu’attendre la fin donc tu peux me tenir au courant, tu ne me dérangeras pas. »

« … »

« Il va au festival d’hiver tout seul ? Il est bien solitaire ton fils ! »

« Peut être qu’il attend quelqu’un ! »

« Je sais pas on va attendre un peu. En tout cas, si il compte faire du patin à glace avec eux, il a eu raison de venir plus tôt pour s’entrainer, il n’a pas l’air très doué ! »

« Toujours à critiquer. J’aimerais bien te voir faire du patin toi ! »

« Tiens on dirait que ça va un peu mieux. Je savais qu’espionner ton fils te ferait du bien. »

« Moi je fais rien, j’écoute juste ce que tu me racontes. »

« T’étais pas obligé je te rappelle. »
« Ah ben oui il attendait quelqu’un ! »

« Qui donc ? »

« Une jolie jeune fille ! »

« Mais c’est qui ? » 

« Comment veux-tu que je le sache ? Il ne me l’a pas présenté, et à priori il l’a connait déjà ! »

« Décidemment, tu ne veux vraiment rien me dire ! »

« Attends, je crois que je l’ai déjà vu quelque part ! Ah mais oui, c’est la jeune fille avec laquelle Rosaria discutait la dernière fois ! »

« Brenna Monty ? »

« Si tu le dis ça doit être ça. C’était donc ça qu’elle mijotait ! »

« Elle prend notre mission au sérieux. Elle prépare déjà la succession. C’est bien je ne serais peut être pas là pour m’en occuper. »

« Ça faisait longtemps que tu n’avais pas fait déprimer tout le monde ! »
« Et bien ce n’est pas comme ça qu’il va la mettre dans sa poche. Il manquerait plus qu’il lui abime quelque chose et c’est terminé. »

« Ils sont jeunes. Ils ont certainement fait pire que tomber sur la glace quand ils étaient petits. Ils sont encore robuste, ils survivront eux. »

« Merci monsieur rabat-joie. »

« C’est pas toi qui était en train de dire qu’elle allait le plante là ? »

« Non je disais juste qu’il faudrait qu’il fasse attention ! »
« En tout cas, elle est doué elle ! »

« C’est plutôt une bonne technique de l’inviter pour qu’elle lui apprenne à patiner non ? »

« Ça dépend ce qu’elle attend. Si ça ne la dérange pas d’être avec quelqu’un qui n’a pas peur d’être totalement ridicule en publique, c’est l’homme qu’il lui faut. »

« N’exagère pas non plus. Mon fils n’est pas totalement ridicule sur ses patins. Il ne s’amuse juste pas à faire des pirouettes ! »

« En tout cas cette petite sortie me rappelle des souvenirs. C’est ici aussi que tu as échangé ton premier baiser avec Rosaria. »

« Oui c’était il y a longtemps maintenant. Rien n’a changé ! »

« Vous avez changé. »

« Oui, je suis devenu vieux. »

« Je pense que tout le monde a bien enregistré l’information maintenant. »
« Et bien il apprend rapidement ton fils ! Brenna doit être une bonne professeur. »

« Tu vois ? Tu te moquais de lui tout à l’heure. »

« Je reconnais que je m’attendais pas à ce qu’il s’améliore si rapidement. Si Brenna n’est pas impressionnée par cette pirouette. Il lui manque plus que le costume à paillettes. »

« En fait il faut juste que tu as juste besoin d’un truc à critiquer sinon tu te sens pas bien, c’est ça ? »

« Mais qu’est ce que je vois ? Je dirais que l’affaire est dans le sac. »

« Qu’est ce qu’il s’est passé ? »

« Le premier baiser de ton fils, à peu près au même endroit que le premier baiser de ses parents. L’histoire est une éternelle répétition. »

« Oui il n’y a que les gens qui changent. »

« Tu ne veux pas être un peu heureux pour ton fils ? »

« Je suis très heureux qu’il ait trouvé quelqu’un. J’espère que ça sera une relation durable comme celle que j’ai eu avec sa mère. »

« Que tu as toujours… »
« Il est attentionné quand même. Je ne sais pas quand vous avez eu le temps de lui apprendre tout ça, mais il est plutôt bien élevé comme garçon. Si après ça ils ne se revoient pas, cette Brenna n’était vraiment pas faite pour lui. »

« Ils se sont déjà embrassés, je pense que cela veut dire qu’elle est déjà prête à faire un petit bout de chemin avec lui. »

« Tu sais avec les jeunes de nos jours, ça ne veut plus rien dire. Ils passent vite à autre chose. Je ne lui souhaite pas ça, mais si c’est le cas, j’espère qu’il ne ruminera pas trop longtemps sur cet échec. »

« A mon époque, c’était pas si différent. Tu te souviens de ma première conquête ? »

« Celle qui t’a fait croire qu’elle était interessée pour finalement repousser toutes tes avances ? »

« Oui. »

« Je me demande ce qu’elle est devenue ! On a eu aucune nouvelle depuis la dernière fois que tu l’as vue.»

« Elle a sûrement beaucoup regrettée de m’avoir repoussée après avoir appris que j’étais avec Rosaria et ça lui faisait trop mal de me voir. »

« Si cela peut te faire plaisir ! Je ne vais pas te contredire alors que tu rumines pas sur ton sort. C’est si rare aujourd’hui. »
« Et bien on dirait que c’est dans la poche ! Une future madame Touguézeur ? »

« J’espère qu’il aura plus de chance que moi et qu’il trouvera facilement. Si il a déjà trouvé c’est encore mieux. Je ne lui souhaite pas la galère que j’ai vécu. »

« Je ne le souhaite à personne. Pourtant ce n’est pas comme si il n’y avait pas l’embarras du choix à Monte Vista. Il n’y a juste personne dehors. Avec une ville aussi belle, on penserait que les gens sortiraient plus souvent. »

« La chaleur leur donne envie de rester au frais chez eux sûrement. »

« On est quand même en hiver. »

« Mais j’ai commencé à rencontrer des gens en automne et Rosaria seulement en hiver. Donc ma théorie se tient. »

« Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas la vrai explication. »

« Et c’est quoi ? »

« Tu comprendrais pas. Mais ça devrait pas tarder à changer ! »

« Ça serait une bonne nouvelle si Antonio n’avait pas déjà quelqu’un. »

« Et bien ça sera plus facile pour lui de trouver quelqu’un d’autre si jamais ça ne marche pas aussi bien qu’il ne l’espérait. Ils sont jeunes. A cet âge rien n’est encore pour la vie. »

« Et au mien plus rien n’est pour la vie. »

« Tu ne veux pas laisser dormir ton fils ? »

« Il faut qu’il soit au top de sa forme pour garder Brenna auprès de lui. Si tout se passe bien, je peux peut être rencontrer mes petits enfants. »

« Il pourra pas faire grand chose si il dort tout le temps pour rattraper tout le sommeil que tu lui fait perdre. »

« Il aura bien assez de temps pour se reposer une fois qu’il aura sa petite famille. »

« Si il est encore vivant d’ici là. Tu sais que les gens peuvent mourir par manque de sommeil ? Ça serait bête que ça lui arrive. »

« Tu veux vraiment que je parte sans être sûr de ce que je laisse derrière ? »

« Tu ne me fais pas confiance c’est ça ? Je ne peux peut être pas communiquer avec un autre que toi, mais je peux toujours le guider. »

« J’aimerais quand même voir tout ça, pour être sûr. Je ne sais pas si je pourrais continuer à veiller sur eux une fois parti. Tu ne veux rien me dire. »

« Tu sauras en temps voulu. »