18. À la vie, à la mort

« Bon et ces compétences on en est où ? »

« Chut, je travaille. »

« Désolé de m’intéresser un peu à ce que tu fais. »

« Je suis sur un truc important, si tu me distrais pendant une étape cruciale, ça peut avoir des conséquences très graves. »

« Oh pardon. Monsieur est occupé. Ça ne m’a pas l’air bien dangereux ton bidule pourtant. »

« Si tu savais. »

« Et bien j’aimerais bien savoir ! Ne me dis pas que ça a encore un rapport avec ton âge ! »

« Tadaaaa !!! »

« Euh ? C’est quoi ? Une armoire ? Une chambre froide ? Des toilettes publiques ? »

« Mais non, c’est une machine à remonter le temps ! »

« Une quoi ? »

« Une machine à remonter le temps. Ou à le monter si on va dans l’autre sens, et c’est ça qui m’intéresse. »

« Qu’est ce que tu as encore inventé ? Tu veux allez chercher tes années perdues ? »

« Ils auront bien fini par trouver une solution contre le vieillissement dans le futur ! »

« Ce qu’il ne faut pas entendre ! »
« Le futur se prépare pas loin de toi tu sais. C’est ce celui là que tu devrais t’occuper. »

« Je croyais que tu voulais que je laisse mon fils tranquille. »

« Non je t’ai demandé de le laisser un peu se reposer. De toute manière, il semble qu’il ait préféré t’écouter, il est encore en train de s’entrainer. »

« C’est un bon petit. Je vais lui rapporter quelque chose de mon voyage. »

« Tu pars quelque part ? »

« Dans le futur, tu as déjà oublié ? »

« Ma mémoire a du préférer ne pas retenir cette information. »
« Rosaria pense à toi, on dirait qu’elle est en train de préparer une ligne de vêtements spécial sénior. »

« Et ben j’espère que c’est pas comme ça qu’elle me voit, parce que c’est encore plus déprimant sinon. »

« Il est vrai que ce n’est pas très flatteur. Peut-être que c’est juste un croquis qui va être utilisé pour faire la promotion de ses propres créations.»

« Un genre de avant/après ? »

« En quelque sorte. »
« Tu es où là ? »

« La boutique d’élixir, je suis venu voir si il avait pas quelque chose pour moi. »

« Comme un élixir de jouvence ? »

« Tu me connais trop bien. »

« Je ne sais pas si c’est une bonne et une mauvaise chose. Et qu’est ce que c’est que cette fixation sur ton âge tout à coup ? Tu es très bien comme tu es ! »

« Je me meurs ! »

« C’est le cas de tout le monde quand on y pense un peu. »

« Pas le tien. »

« Euh… Là n’est pas la question ! »

« Non mais franchement, je ne peux même pas passer une journée sans faire une sieste. »

« Bon je t’avoue, faire la sieste dans la boutique d’élixir … »
« Il est mignon ton Antonio, complètement accro à sa petite amie. »

« C’est beau l’amour à cet âge. On est encore innocent, pas marqué par toutes les petites misère de la vie quotidienne. »

« Ça devient vraiment déprimant de t’écouter. Il va falloir que je trouve un moyen de communiquer avec ton fils, parce que je vais pas supporter encore longtemps de t’entendre t’apitoyer sur ton sort ! »

« Ne t’inquiètes pas, il ne devrait plus y en avoir pour très longtemps. »

« Ça va te passer un jour ? »

« Tu veux que je me répète. »

« Mais pourquoi j’ai posé cette question ? J’aurais du m’en douter. »
« C’est sympa ces effets spéciaux. Mais tu fais quoi là ? »

« Je m’apprête à sauter dans le vortex. »

« Ah mais oui, bien sûr c’est évident. »

« J’ai un peu l’impression que tu te moques de moi ! »

« Et moi j’ai un peu l’impression que tu te moques de moi ! Elle marche vraiment ta machine ou c’est juste son et lumière. »

« Tu penses que je te mens en plus ? »

« On a a jamais entendu parler de voyage dans le temps. Paraît même que ça serait difficilement possible. »

« Et c’est toi qui dit ça ? La présence divine que j’ai dans ma tête ? Je sais que ne suis pas fou, tu m’as dit des choses que même l’esprit le plus malade n’aurait jamais pu deviner. »

« Et bien saute alors, je t’attends ici ! »
« Alors qu’est ce que tu nous rapportes du futur, mis à part cette magnifique tenue ? »

« Pas grand chose, je n’ai pas atterri dans un endroit vraiment intéressant. »

« Et tu as vu quoi ? »

« Je préfère ne pas en parler, pour ne pas gâcher la surprise. »

« Donc tu ne veux pas me dire ? »

« Pour une fois que je sais quelque chose que tu ne sais pas ! »

« Il n’y a toujours rien pour me prouver que ta machine marche vraiment. Si ça se trouve, tu as pris la première tenue futuriste que tu as trouvé en faisant les courses, tu l’as cachée dans ta soi-disant machine à remonter le temps et tu es en train de me jouer un tour ! » 

« Je me serais donné beaucoup de mal pour rien ! »

« Et bien moi aussi je sais des choses que tu ne sais pas ! »

« Comme quoi ? »

« Ce qu’il s’est passé pendant que tu n’étais pas là ! »

« Alors ? »

« Je ne sais pas si je vais te le dire. »

« Je finirais bien par le découvrir de moi-même. »

« Bon, ok. Cette nouvelle devrait te mettre en joie. Et en même temps tu devrais te sentir un peu embarrassé. »

« Tu m’intrigues… »

« C’était l’anniversaire de Rosaria aujourd’hui ! »

« Et m… »

« Tu t’es fait jeté dehors ? »

« Non je suis allez chercher un petit quelque chose pour Rosaria ! »

« Tu es sorti au plein milieu de la nuit pour allez cueillir des fleurs à ta fiancée ? »

« Oui pourquoi, c’est un crime ? »

« Je ne sais pas si c’est mignon ou idiot. Peut-être que si tu avais pensé à son anniversaire, j’aurais moins de mal à choisir. »

« Ça ne te rappelle pas de bon souvenirs tout ça ? Toi, moi, une fleur … »

« Carrément, mais c’est le jour et la nuit. Littéralement ! »

« Le poids des années. Ne serait-ce pas une curieuse coïncidence que tout finisse là où ça a commencé ? »

« Tu n’as pas interêt à mourir maintenant et ici ! Ta femme t’attends et tu as un mariage à organiser. »

« Tu comprends maintenant pourquoi je suis pressé ? Tant de chose à faire et si peu de temps. »

« Je pensais qu’une fois que Rosaria t’aurais rejoint dans le club du troisième âge, tu te serais senti mieux mais apparemment ce n’est pas le cas. »
« Une autre cadeau pour Rosaria ? »

« Quand je suis rentré elle était couchée, je me suis dit qu’un peu de peinture m’occuperait en l’attendant. »

« Sinon tu aurais pu aller dormir ! »

« Je n’ai pas une seconde à perdre ! »

« Ah elle est enfin réveillée. Elle a l’air ravie ! »

« C’est ça l’amour, même la plus petite des attentions compte ! »

« Qu’est ce que vous devez faire comme économies en cadeau d’anniversaire ! »

« T’es en train d’insinuer que je suis un peu trop proche de mon porte monnaie ? »

« Mais non pas du tout ! Je disais juste que si vous n’avez pas besoin de vider votre compte en banque à chaque anniversaire, c’est plutôt bien. »

« Oui, ça permet de laisser un peu d’argent aux enfants. Je ne veux pas qu’ils connaissent les mêmes débuts que moi ! »

« Avoue quand même qu’on s’amusait bien à l’époque tous les deux. »

« On ne doit pas avoir la même définition de l’amusement. »

« Il n’y a pas que les adultes qui sont complètement dingues l’un de l’autre Il semblerait que la prochaine génération ne se quitte déjà plus ! »

« C’est vrai qu’elle est souvent à la maison. Elle fait presque déjà partie de la famille. »

« On dirait que ton voeux va se réaliser. Ils ne vont sans doute pas attendre pour habiter ensemble dès qu’ils en auront l’âge. »

« J’espère qu’ils ne vont pas trop se précipiter. Il faut être sûr avec ce genre de choses. »

« Non mais je rêve ! »

« Quoi ? »

« Ça y est ton gros coup de déprime est passé ? »

« Maintenant que Rosaria est à mes côtés, je n’ai plus peur. »

« Elle était à tes côtés pendant tout ce temps … »
« Tiens on dirait que Rosaria n’est pas la seule à fêter son anniversaire ces temps-ci. Antonio est déjà adulte ! Le temps passe si vite ! »

« Il ne me reste plus qu’à finir deux trois choses et je pourrais enfin me reposer en attendant la fin. »

« Je te sens vraiment plus serein quand même. Cela devrait me rassurer mais en même temps je m’inquiète un peu. »

« Tu devrais t’inquiéter d’Antonio plus tôt. C’est lui ton principal centre de préoccupation maintenant. Je ne suis que le vieux fou avec qui tu vas continuer à parler tant que pourras. »

« Bon finalement tu es assez cynique. Je ne sais pas ce que je préfère. »
« J’aimerais bien dire qu’il est beau ton fils, mais avec cette tête ça va être dur. »

« Je suis sûr qu’il fait la grimace exprès pour te faire peur. »

« Oh moi tu sais, je m’en fiche un peu. Par contre Brenna. »

« Même si il était comme ça pour de vrai, si elle l’aime vraiment, ça ne devrait pas lui poser de problèmes. De toute manière on devient pas comme ça du jour au lendemain. Il faudrait qu’un truc grave soit arrivé et à ma connaissance, rien ne s’est passé depuis tout à l’heure ! »

« Brenna s’installe déjà ? »

« Non Rosaria et elle font juste plus ample connaissance. C’est la première fois qu’Antonio  l’invite à dormir à la maison. »

« Attends, je croyais qu’elle se connaissait déjà ! Et ses parents sont d’accord avec ça ? »

« Elles se sont juste assez parlé pour préparer la rencontre avec Antonio. Et d’accord avec quoi ? »

« Ben je ne sais pas. Elle passe quand même la nuit chez son petit ami, le soir de son passage à l’âge adulte. Et en plus elle est encore ado ! »

« Ils savent très bien qu’il ne se passera rien. Et puis elle est proche de l’âge adulte elle aussi. La différence n’est pas flagrante ! »

« Elle est plutôt douée la petite Brenna ! »

« Oui, comme ça on est sûr que la prochaine génération sera elle aussi douée ! »

« Cela ne veut rien dire mais bon. »

« Au moins ils essayeront de transmettre leur passion. »

« Oui sans doute. La conversation avec Rosaria a du vraiment bien se passer pour qu’elle la laisse utiliser la table à dessin de votre chambre. »

« Oui. Et c’est plutôt bien si on veut tous habiter sous le même toit pendant un petit moment. »

« Je vois que tu n’es plus décidé à nous quitter très prochainement. »

« Je m’accroche tant que je suis là. Pour ne pas laisser Rosaria toute seule. »

« Oui il ne faudrait pas qu’elle finisse comme toi .. »
« Ça y est Antonio va pouvoir rentrer dans la vie active ! On sait ce qu’il veut faire de sa vie ? »

« Il est très secret à ce sujet. J’imagine qu’il va se lancer dans une carrière physique. »

« Tu crois qu’il ne dit rien par peur que vous désapprouviez son choix ? »

« Je n’y avais jamais pensé ! Tu me fais peur tout à coup ! T’imagine si il se lance dans un emploi de bureau ? »

« Ce n’était pas vraiment à ça que je pensais en fait … »
« Alors il t’a dit quelque chose ? »

« Non mais il m’a promis que ça n’était pas un emploi de bureau et que ça n’était pas illégal non plus. »

« Pourquoi il veut rien dire alors ? C’est quand même bizarre ! »

« Il ne veut pas qu’on s’emballe si ça ne marche pas. Mais il nous dira tout en temps voulu ! »

« Il est bien mystérieux. J’espère qu’on ne sera pas déçu. Si ça se trouve il a juste décidé de faire comme toi et de vivre de ce qu’il produit. »

« Je m’en suis plutôt bien sorti non ? »

« Disons que le salaire de Rosaria a bien aidé aussi. »

« Antonio aura Brenna. »

« En fait tu veux créer une lignée d’hommes qui vivent de leur passion et entretenus pas leurs femmes ? C’est plutôt original »

« Heureusement que je suis attendu, sinon tu m’aurais entendu. »

« Tu vas où ? »

« Suis-moi. »

« Vous vous être finalement décidés ! C’est mignon ! »

« Oui on est plus très jeunes, c’est le moment. »

« Vous faites ça en commité plutôt réduit ! » 

« Oui pourquoi inviter des gens qu’on ne connait pas bien pour un évènement si intime. La présence de notre fils est bien assez ! »

« Et sa petite amie ? Elle fera sûrement partie de la famille très prochainement ! »

« Elle avait déjà un engagement. »

« C’est dommage. Mais le plus important est que vous avez enfin franchis le pas ! Tous mes voeux de bonheur ! »

« Oui, nous deux c’est à la vie, à la mort ! »

« C’est gentil de m’avoir invité en tout cas ! »

« J’avais pas vraiment le choix. Tu serais venu de toute façon et ça aurait été dur de t’en empêcher ! »