27. We are born

« Pssstttt »

« Hummmmmmm » 

« Pssstttttt »

« Je dors ! »

« Tu es le seul alors. Je pense que Marina ne se sent pas très bien. »

« Elle a sûrement envie de soulager sa vessie. »

« Je pense que c'est autre chose. »

« Laisse-moi dormir ! »

« Et bien, si c'est comme ça que tu accueilles ton enfant dans ce monde, ça commence plutôt mal… »

« Quoi ? Oh mon dieu, vite ! Qu'est-ce que je dois faire  ? »

« Déjà tu vas te calmer. Ça ne sert à rien de paniquer. On a jamais entendu parler d'un accouchement qui se terminait mal ici. Je ne sais même pas pourquoi tu paniques. »

« Déjà parce que je sais pas comment ça se passer. Je n'ai pas vu d'hôpital dans le coin. »

« Suis la dame, elle sait ce qu'il faut faire. Si tu t'étais un peu renseigné avant, tu saurais toi aussi. »

« J'ai pas trouvé de bouquins dans la bibliothèque. J'imagine que ce que j'ai appris avant ne me servira à rien. »

« C'est bizarre, je te sentais pas aussi paniqué les autres fois. »

« Ah oui ? Je me souviens plutôt clairement avoir été tellement paniqué que j'en ai oublié ma femme derrière. »

« Ah oui, j'avais oublié cela. Bon je retire ce que j'ai dit. »
« Et bien ! Je te préfère comme ça quand même. Tu as l'air plus excité que paniqué. On sent que tu es pressé de rencontrer ton enfant. »
« Mon premier enfant, comment veux-tu que je ne sois pas pressé de le rencontrer. »
« Deuxième techniquement. Et tes autres enfants, tu ne seras pas pressé de les voir ? »

« Tu veux dire que je vais avoir d'autres enfants ? »

« Je n'en sais rien. Mais j'espère bien que tu vas prendre le temps d'en faire plus qu’un. »

« Laisse le premier arriver. On verra après pour le reste. »

« On en reparlera. Elle est où Marina ? Tu l'as encore laissée derrière ? »

« Mais non … »

« Tu disais ? Elle a l'air aussi désabusée que moi. »

« Oh ça va elle est pas très loin. »

« En fait je sais pas si c'est ton attitude maintenant ou celle de tout à l'heure qui lui fait cet effet. Peut-être un mix des deux. »

« Non mais ça suffit ! Laisse-moi réagir à ma façon. Au moins je pars pas en courant en la laissant seule. »

« J'ai vu d'autres pères réagir beaucoup plus dignement. J'espère que ça ira mieux une fois arrivé à l'hôpital. Tout bien réfléchi, je me demande si Marina n'est pas inquiète de la façon dont tu vas te comporter une fois arrivé. »
« Dis tout de suite qu'elle a honte de moi. »
« J'irais pas jusque là. Et puis après tout, elle a choisi de vivre avec toi. Elle a prouvé qu'elle n'a pas peur de ce que les autres pensent. »

« Qu'est ce que tu insinues ? »

« Je te rappelle que quand vous vous êtes rencontrés, tu n'avais ni mur, ni toit au dessus de ta tête. »

« J'avais des murs ! »

« Pas assez pour dire que tu vivais dans une maison… »
« Et bien ! C'est quoi cette tête ? Je pensais que tu serais plus heureux ! Un problème peut être ? »

« C'est quoi ces confettis ? »

« Ils ne te plaisent pas ? C'est pour fêter cet heureux événement ! »

« Y en aurait pas eu, ça aurait été pareil. »

« Pas tout à fait. De toute manière, tu vas devoir t'habituer. Des confettis, il y en a souvent ici. »

« C'est pas toi qui va nettoyer après. »

« Parce que tu vois quelque chose à nettoyer toi ? »

« ... Non … »

« Bon pourquoi tu râles alors ? Tu devrais te réjouir plutôt ! Tu es papa ! »
« C'est beaucoup mieux. Alors fille ou garçon. »

« Un p'tit gars ! T'as vu comme il est beau ? »

« Tu sais, pour moi ils se ressemblent tous. Mais il est pas trop laid en effet. »

« Pas trop laid ? Tu plaisantes j’espère. »

« Pose moi la question une nouvelle fois dans quelques temps et je te dirais. »

« Rabat-joie. »

« Pas du tout. Je suis très content pour toi. Et le plus important pour moi est que tu sois heureux. »

« Parlons-en tiens. Qu'est ce que tu attends vraiment de moi. Depuis tout ce temps, je ne sais toujours pas. »

« Ce n'est pas le moment d'en parler. »

« Si tu le dis. Tu veux peut être savoir comment il s'appelle ? »

« Antonio ? »

« Trop facile ? »

« Trop prévisible oui. »
« Et bien on pourra dire que je t'aurais vu traverser toutes les émotions possible en très peu de temps. »

« Là c'est juste pas possible. J'aimerais dormir. »

« Pourquoi, tu vas travailler demain ? »

« Très drôle ! »

« C'est mignon un bébé, non ? »

« J'ai comme l'impression que tu te moques de moi. »

« Je savais que ce genre de situation allait finir par arriver. Un bébé dans la chambre, ce n'est pas forcément la meilleure idée si tu veux dormir tranquillement. »

« On a pas encore les moyens pour lui faire sa propre chambre. En attendant, il reste ici. »

« Tu devrais aller t'en occuper alors, si tu veux que ta femme soit en pleine forme demain et rapporte de quoi régler ce problème. »

« Je travaille aussi ! »

« Oui, oui... C'est juste que son travail à elle, c'est sûr qu'il rapporte quelque chose tous les jours… »

« Je sais bien que je lui dois en grande partie le toit sous lequel je vis. Comme je le devais à Rosaria. Et je n'oublie pas de la remercier et de lui prouver combien je l’aime. »

« Je vois ça ! Enfin, j'entends ça surtout. Je ne te connaissais pas de talents de poète. »

« Nouveau monde, nouveau moi. Qui sait quels secrets je cache encore ? »

« Je ne suis pas sûr vouloir tous les connaître. J'aime garder une part de mystère. En tout cas, je sais que tu n'es pas ingrat. »

« Marina fait beaucoup de chose pour cette famille. Elle mérite un peu de romance de temps en temps. »

« C'est bien de le reconnaître et de l'accepter. Tout le monde ne réagit pas comme toi. »

« Que veux-tu ? Je suis l'homme parfait. Et ce n'est pas moi qui le dit. »

« Tu te sens obligé de préciser parce que tu n'assumes pas ? »

« Parce que je t'entends déjà. »

« C'est quand même le genre de déclarations qui fait réagir. Personne n'est parfait. On a tous des petits défauts. »

« Aux yeux de Marina, je suis parfait. Et c'est ça qui compte. J'en profite, qui sait ce qu'elle pensera dans quelques temps. »

« Continue de lui compter fleurette, et elle n'y verra que du feu. »

« Je compte bien faire plus que ça. »

« Je l'espère aussi. »

« Travailler à la maison n'a pas que des désavantages. Marina a le temps de suivre ses cours d'écriture quand elle rentre du boulot sans ce soucier d'Antonio ou de faire à manger ou du ménage. Ne vas pas dire que je ne fais rien cette fois et que je ne suis pas un bon parti. »

« Travailler à la maison... Tu es père au foyer, accepte le. Ce n'est pas tes deux trois peintures au mois qui mettent du beurre dans les épinards. Ta femme t'entretient et tu prends soin de la maison. »

« Je suis un artiste. Cela me permet d'avoir plus de temps pour d'autres choses. Ces moments ou je fait briller, j'astique...j'en profite pour penser à ma prochaine œuvre. Et puis heureusement que personne d'autre que moi ne t'entends, tu ferais dresser les cheveux de certaines personnes dans le cas contraire. »

« Si cela me permet de me moquer de toi, cela ne me gêne pas du tout. Je suis prêt, j’attends. »

« Et puis je ne m'occupe de la maison que quand elle ne peut pas. »

« Parce que sinon tu attends qu'elle le fasse ? »

« Mais non. On a un accord. Quand elle travaille, je m'occupe de tout. Quand elle est là, elle me laisse du temps pour peindre. C'est ça le travail d’équipe. »

« A voir combien de temps ça va tenir. J'espère que vous avez prévu les cas où elle est trop fatiguée par sa semaine de travail ? J'espère que tu es prêt à prendre la suite sans broncher. C'est cela aussi le travail d’équipe. »

« Elle est trop contente de pouvoir s'occuper d'Antonio. Elle adore ce petit. Elle se lève très tôt les jours où elle ne travaille pas, juste pour pouvoir passer plus de temps avec lui."

« Et ça t'arrange ça non ? Pas de bébé pour te casser les oreilles au beau milieu de la nuit. »

« Tout le monde y gagne. Et puis c'est pas comme si c'était pas moi qui m'y collait les autres jours. Elle va faire une très bonne mère. Aussi bonne que Rosaria. »

« Pas très dur vu le temps que vous passiez avec votre enfant. »

« Non mais tu arrêtes ? »

« Je finirais juste par dire que j'avais encore raison. Tu n'en serais pas là si je ne t'avais pas poussé à continuer dans cette voie. »

« Il fait toujours que tu aies raison non ? »

« Et puisqu'on parlait de ta peinture, tu en es où ? Les chefs d'œuvre s'enchaînent ? »

« Je n'en suis pas encore là mais ça avance. »

« Pourtant avec les cours que tu avais eus, tu devrait être au top déjà. »

« Je suis un peu rouillé, et les règles ici ne sont pas forcément les mêmes. Et je cherche encore mon style. »

« Je vois. Entre un paysage de montagne et une scène d'enlèvement par des extra-terrestres, ton cœur balance. »

« Je suis dans ma période réaliste. »

« Réaliste ? »

« Toi et moi savons bien que les extraterrestres sont réels ! »

« Tu en as vu beaucoup dans le coin ? »

« Non mais je n'en ai pas vu souvent ailleurs non plus. Et la licorne, tu crois que je la reverrais un jour ? »

« Je peux t'acheter une grosse peluche en forme de licorne si tu veux ! »

« Je dois prends ça pour un non ? »

« Tu as vu beaucoup de licorne dans le coin ? »

« Tu sais répondre à mes questions autrement que par d'autres questions ? »

« Tu veux vraiment la réponse ? »

« J’abandonne. »

« Y a un intrus dans la maison ! »

« Un intrus ? Pas possible. Il y a zéro crime dans ce monde. »

« Mais si, va voir dans la cuisine ! »

« Tu as peur d'un enfant ? »

« Non mais peut être que ses parents ne sont pas loin ! »

« J'en suis même sûr en fait. »

« Quoi ? Et tu me dis rien ? »

« Je suis sûr qu'ils ne vous feront aucun mal ! »

« Et comment tu peux en être sûr ? »

« Adam, je crois qu'il est temps de parler de quelque chose. C'est Antonio ! »