30. This is not a test

« Je vois que tu passes à la deuxième étape. C’est bien. Comme cela se passe-t-il ? »

« Plutôt bien ! »

« Tu lui a raconté quoi ? »

« La vérité ? »

« Tu lui as parlé de moi ? »

« Pas réellement. Je lui ai juste dit que cela m’avait fait un choc de le voir si grand et que j’ai eu une réaction débile. »

« Toi, tu n’as pas peur de passer pour un raté auprès de ton fils. »

« Je me suis dit que cela ne servait à rien de lui raconter des bobards. Et autant commencer notre relation père-fils sur une base solide. »

« Et quel a été sa réaction ? »

« Il m’a dit qu’il avait peur que je ne veuille pas de lui. »

« Tu lui as dit que tu l’aimais au moins ? »

« Oui c’est par là que j’ai commencé. »

« J’espère que ce n’était pas quelque chose comme : tu sais que je t’aime mais … »

« Je réfléchis quelque fois tu sais ! » 

« Je voulais juste m’assurer que tu n’as pas complètement traumatisé ce petit. »

« Oh tu connais les enfants. Il est rassuré et maintenant tout va bien. Il vient de passer trente minutes à me raconter les aventures de son monstre violet. »

« Regardez-moi ça, monsieur joue à l’expert maintenant. Mais ça fait du bien de voir ce regard-là dans tes yeux. Je ne savais plus quoi faire. »
« Tu prends ça à coeur dis-donc ! Le parc maintenant ? »

« Il a besoin de se dépenser ce petit. Regarde moi comme il se balance. »

« Un vrai petit singe. Tu fais bien de profiter du beau temps. Qui sait si ça va durer.»

« Encore tes histoires de nouveautés qui peuvent arriver très vite ? Pour l’instant je ne vois pas grand chose. »

« C’était un temps métaphorique. »

« Monsieur joue avec le langage maintenant. Et tu me souhaites du malheur maintenant ? »

« Mais non ! Je ne te souhaite rien du tout. Enfin rien de mal. Mais je ne contrôle pas tout ici. »

« Ben en attendant, laisse moi profiter de ce que j’ai. Une fiancé magnifique, un fils parfait … »

« C’est un peu tôt pour déclarer que ton fils est parfait non ? Tu le connais à peine. Un mauvais tirage, et paf, un trait de caractère pas très sympathique. »

« Tirage ? »

« Enfin, je veux dire que personne ne peut prédire qui va devenir ce jeune garçon. »

« C’est mon fils, il ne peut devenir que quelqu’un de bien. »

« Espérons que ta présence auprès de lui ait une bonne influence sur son développement. »
« Qu’est ce que tu fais toi ? Ne serait-ce pas ? »

« Et si, une de mes premières rencontres quand je suis arrivé ici. »

« La femme mariée ? »

« Oui c’est bien elle. On papote un peu en se creusant les méninges. On se donne quelques nouvelles. »

« Tant que vous ne faites rien d’autre. »

« Non mais tu me prends pour qui, je viens juste de demander Marina en mariage. »

« Je sais bien, mais le coup de foudre tout ça… »

« Y a pas de coup de foudre qui tienne. Elle ne me plaisait pas à l’époque, elle ne me plait pas maintenant. C’est une personne avec qui il est agréable de discuter mais c’est tout. »

« Marina ne t’intéressait pas trop au début non plus. J’ai du un peu te pousser. »

« Pas trop quand même. Et mes hésitations n’étaient pas du à mon attirance pour Marina, plus à mon passé. »

« Ok. Mais je te surveille. »

« Si je fais un pas de travers tu vas raconter à Marina ? »

« Tu sais très bien que je ne peux pas. Mais je peux te rendre la vie impossible. »

« Parce que c’est pas déjà le cas ? »

« Sans commentaire…. Je te fais confiance, puisque tu me dis que rien ne peut se passer. Tu as passé le test avec brio ! »

« Qu’est ce que c’est encore que cette histoire de test ? Qu’est ce t’es encore allé inventer ? Tu ne me fais pas confiance ?»

« Je vérifie juste. Je note donc que Marina est la seule qui compte pour toi. »

« Note bien, j’aimerai ne pas avoir à le répéter. »

« Ok, Ok…. Fait gaffe à la femme derrière toi, elle te dévore littéralement des yeux. »

« Un autre test ? Ça suffit maintenant ! »

« En tout cas, si il y a un test que tu as raté, c’est celui de ne pas laisser ton fils seul avec des inconnus. En plus il n’a pas l’air très commode. Tu n’as pas appris à ton fils à ne pas accepter de burgers offerts par des gens bizarres dans le parc.»

« Il n’est pas tout seul ! »

« Comment ça il n’est pas tout seul ? Je ne te vois pas dans les alentours. »

« Oui mais toi tu es là ? »

« Je ne suis pas sa nounou. »

« Oui mais si il arrivait quelque chose, tu serais là pour me prévenir. Suffirait que tu me le dises et j’arriverais en courant. »

« Il n’empêche que je ne suis pas payé pour ça. »

« Et tu voudrais être payé ? »

« Pourquoi pas ? »

« Et tu feras quoi avec l'argent que je te donnerais ? Je sais même pas comment je te le donnerais !»

« C'est pour le principe ! C'est plus gratifiant d'être rémunéré pour le travail qu'on fait. Tout travail mérite salaire comme on dit.»

« Mais tu es déjà amplement rémunéré !»

« Ah oui ?»

« Tu gagnes le droit de passer tout ce temps avec moi !»

« Ça a y est, tu es de nouveau vexé et du coup tu es rentré t'enfermer chez toi ?»

« Non c'est surtout qu'il fait nuit et qu'Antonio a école demain.»

« C'est une bonne excuse.»

« Du coup tu remarqueras que j'utilise mon temps libre pour peindre.»

« C'est bien.»

« T'as vu comme c'est beau ?»

« Oui. Mais ce tableau me rappelle vaguement quelque chose.»

« Tu crois ?»

« Ne fait pas l’innocent.»

« Qu'est ce que tu insinues encore ?»

« J'insinue que tu pourrais au moins créer des œuvres originales.»

« C'est original ! C'est moi qui l'ait peint.»

« Dans cette vie peut-être.»

« Personne ne saura rien.»

« Aucune conscience. Plagier ta propre femme. Enfin ex-femme. Enfin... Je sais pas trop comment l'appeller du coup.»

« Je suis sûr qu'elle m'en voudrait pas. T'as qu'à lui demander !»

« Bien tenté... Mais non ! Elle m'entendrait pas de toute manière.»

« Donc ça sert à rien que tu me casses les pieds sur ça.»

« Non mais t'as pas honte ?»

« Honte de ?»

« De laisser ton fils boire du lait périmé ? Il a l'air tout triste le pauvre.»

« Mais non, on a juste oublié de ranger un peu.»

« A ce point quand même …»

« Ça arrive à tout le monde !»

« Attends je réfléchis .... Non, je pense pas !»

« Tu veux que je m'occupe de mon fils ou du ménage ?»

« Dans l'idéal les deux. Et puis si tu appelles t'occuper de ton fils le poser devant l'ordinateur et aller faire autre chose.»

« C'est lui qui a demandé. Il voulait jouer à Commandant du clavier»

« Il est loin le temps où il n'y avait pas d'appareil électronique chez toi.»

« Les temps changent. Et ça serait bien difficile pour Marina d'écrire sans un ordinateur dans la maison.»

« En espérant qu'il n'en néglige pas ses devoirs.»

« Jamais. C'est bien plus important que cinq minutes sur l'ordinateur. Il n'a le droit d'y toucher seulement si ses devoirs sont terminés.»

« Tu apprends vite !»
« Quel bel établis ! Et t'es bien équipé en plus de ça ! »

« Oui. Je pense qu'il est temps que je me remette à la sculpture. Et pas d'inquiétude à avoir. Je peux surveiller Antonio d'ici. »

« Tu as un peu moins de choix de matière ici.»

« Je ferais avec. Et le bois c'est toujours sympa à travailler.»

« Je hâte de voir le résultat. Tu étais plutôt doué.»

« J'espère que je n'ai pas trop perdu la main. Ça s'oublie vite ce genre de chose.»

« Au moins je n'aurais pas peur de te voir une tronçonneuse à la main.»

« La sculpture sur glace... Le résultat était juste magnifique.»

« Et froid. Je me souviens du fauteuil que tu t'étais sculpté. Jamais je n'aurais pu m'asseoir dans un meuble pareil.»

« Au moins tu n'auras pas le loisir de me voir prendre feu. Je n'ai rien vu qui me permettait de réaliser des inventions. Pourtant j'en ai plein la tête.»

« J'avais oublié ces moments où tu avais eu très chaud. En attendant de renouer avec ses vieux souvenirs, tu peux toujours te servir des toutes ces idées pour sculpter de vrais chefs d’œuvre.»

« On s'emballe pas trop. Si c'est pour te moquer de moi après, mieux vaut que toi, tu n'imagines rien.»

« Je sais pas où tu as été cherché que j'étais comme ça !»
« Vous vous êtes enfin décidés à engager une nounou. Ou un garde du corps ?»

« Mais bon c'est mon pote de la salle de gym !»

« Tu t'es fait un ami à la salle de gym toi ? Depuis quand ?»

« Depuis quelques temps. Si tu disparaissais pas sans arrêt, tu saurais ce qui se passe.»

« Non mais tu as jamais eu d'amis, à part toutes les femmes qui auraient pu potentiellement être ta moitié.»

« Ah ben, merci. Ça fait plaisir.»

« Tu vas pas dire que je raconte des bêtises non plus ! Réfléchis un peu. Ou alors donne moi le nom des gens que j'ai oublié. Parce que là j'ai absolument rien en tête.»

« Mais si !»

« Alors ? J'attends que tu me prouves le contraire.»

« ... Le caissier au dépôt vente ?»

« Tu l'as invité combien de fois chez toi ? Combien de fois vous vous êtes vus en dehors du dépôt vente ?»

« Euh…»

« Non mais ça me fait plaisir que tu aies un vrai ami. C'est juste que ça me surprends un peu.»

« Une autre preuve que je suis encore pleins de mystères.»

« Ou que tu es quelqu'un de différent.»

« Pas trop quand même.»

« On va dire que le poids des années de ton ancienne vie on fait de toi quelqu'un de us sage et de plus expérimenté.»

« Je suis un sage.»

« Je n'irais pas jusque là tout de même. Tes réactions récentes parlent un peu en ta défaveur.»

« Ça va me suivre encore longtemps ?»

« Toute ta vie au moins.»
« Tu essaies de tromper ma vigilance en laissant ton fils avec ton sosie ?»

« Mais de quoi tu parles ?»

« Du petit roux avec Antonio ! Il est coiffé comme toi. Pendant deux secondes j'ai cru que c'était toi.»

« Et qu'est-ce qui t'as mis la puce à l'oreille ?»

« Le fait qu'il l'appelle pas Papa ? Mais qui est-ce donc ?»

« Son ami d'enfance. Il est un peu plus vieux que lui. »

« Tu as vu, je ne t'ai pas menti. Plus de surprise !»

« Les ados sont un peu plus grand que dans mes souvenirs ici.»

« C'est parce que l'air et la nourriture sont meilleures ici. Cela entraîne une meilleure croissance.»

« Fiche toi de moi ! Il n'empêche, je sais un truc sur mon fils que tu ne savais pas.»

« On va te remettre une médaille.»

« Je l'ai cherchée celle-là.»

« Et lucide avec ça. Ceci-dit je ne sais pas si le fait que son meilleur ami soit plus vieux est une bonne chose.»

« Pourquoi tu dis ça ? Tu as peur qu'il ait une mauvaise influence sur Antonio.»

« Non pas vraiment. C'est surtout qu'il a un autre modèle sur qui prendre exemple. Un modèle plus jeune que toi, et donc forcément plus cool.»

« Je suis très cool ! J'ai encore toute la vie devant moi !»

« Personne ne réfute le fait que tu sois très cool. C'est juste que lui, il est plus cool. Parce qu'il aime faire des choses que les jeunes font et qu'il risque pas de réprimander Antonio si il fait une bêtise.»

« Il va falloir que je les surveilles tous les deux. Qui sait quels mauvais tours ils sont en train de préparer.»

« C'est sa ta solution ? Lui installer l'ordinateur dans le chambre. Je sais pas si ça va vraiment t'aider à devenir plus cool auprès de ton fils.»

« Mais non. On avait besoin de place pour mettre l'ordinateur que Marina a reçu en cadeau de son travail. Du coup on s'est dit qu'on pouvait mettre l'ancien dans la chambre d'Antonio. Comme ça il peut s'entraîner à Commandant du clavier sans être gêné par l'aura créative de ses parents.»

« Ce qu'il faut pas entendre !»

« C'est important à notre époque que les enfants apprennent à maîtriser très jeunes les nouvelles technologies. Plus on avance dans le temps, plus ils y seront confrontés dans leur vie de tous les jours.»

« Monsieur je n'ai jamais touché un ordinateur de ma vie me donne des leçons.»

« Je sais quand même reconnaître leur utilité de nos jours. Le papier est peu à peu remplacé par fichiers numériques. On ne reçoit même plus le journal ici ! Et puis toi non plus tu n'as pas du en toucher beaucoup là où tu es.»

« Si tu savais. Mais ceci est une histoire pour un autre jour.»

« C'est toujours pour un autre jour.»

« Toute vérité n'est pas bonne à savoir.»

« Ce n'est pas en jouant à Vive les Sims qu'il va améliorer sa technique en tout cas.»

« Il peut bien se détendre un peu. Et puis Vive les Sims c'est plutôt éducatif aussi. Tu apprends la gestion, les choses de la vie. C'est bon pour l'imagination aussi. Tu connais ?»

« On peut dire ça.»

« Vous faites souvent la même chose en même temps ? Tu invites un ami, il en invite un. Il joue sur son ordinateur, tu joues sur ton ordinateur.»

« Tel père, tel fils. Et je joue pas, je cherche des infos.»

« Sur quoi ? Comment être parent ?»

« Ah ah. Je cherche des infos sur la sculpture sur bois.»

« Tu as besoin de cela toi ?»

« Ce n'est pas aussi facile que dans mes souvenirs. Je suis un peu rouillé. Et je me demandais si je ne pouvais pas aussi réaliser quelques meubles.»

« Des meubles. Pourquoi t'embêter alors que tu peux en acheter quand tu veux ?»

« C'est tellement mieux quand c'est fait par toi même. Souviens-toi du fauteuil en glace. Il était pas génial ?»

« Si il était si génial que ça, pourquoi tu ne l'as pas gardé ?»

« Il était en glace…»

« Je me souviens pas non plus que tu en aies fait dans une autre matériau.»

« J'avais la pression à l'époque, j'avais pas le temps de penser à ça.»

« La pression ? Par ma faute j'imagine. Encore une fois.»

« C'est toi qui m'a fixé cette mission. Tout ça pour abandonner mon monde et me ramener dans celui-ci.»

« Il avait plus besoin de notre aide que l'autre. Tu avais déjà fait ton oeuvre, le mouvement était lancé. Je t'ai déjà dit qu'ils ont accroché tes œuvres au musée après ta mort ?»

« Non sérieusement ?»

« Rosaria a fait don de quelques-unes de tes toiles. Ça a inspiré ta petite fille qui s'est mise à la sculpture elle aussi.»

« J'avais une petite fille ?»

« Si tu fais bien ton boulot, tu auras peut-être une petite fille ici aussi.»

« J'y compte bien !»