40. Baby one more time

« Quoi ?»

« Rosaria est enceinte.»

« Mais depuis quand ?»

« Depuis l'anniversaire des jumeaux, elle pense. Je croyais que tu les avais pas lâchés des yeux ?»

« J'ai des choses à faire aussi. Et quand je suis avec toi, je suis pas ailleurs.»

« C'est malin.»

« Je n'aurais rien pu faire de toute façon.»

« On aurait pu s'éviter la surprise.»

« Et maintenant ?»

« Maintenant ? Rosaria a annoncé la nouvelle a Seamus. Et il va venir vivre avec nous. En fait c'est la deuxième chose qu'elle nous a annoncé au petit déjeuner ce matin.»

« Le pauvre, il n'a pas l'air très à l’aise.»

« Pourtant je fais tout mon possible. Je lui ai même offert un verre.»

« Je vois ça. Il doit sûrement se demander si tu vas l'attaquer avec la petite ombrelle. Il aurait sûrement été encore plus à l'aise si tu avais pris quelque chose à boire toi aussi.»

« Mais pourquoi il serait mal à l’aise.»

« Je sais pas. C'est le petit ami de ta fille pour commencer. Et puis il vient habiter chez toi parce qu'il l'a mise enceinte. Et vous ne saviez pas qu'ils étaient ensemble jusqu'à maintenant.»

« En fait, le soir où ce bébé a été conçu, c'était le première fois pour eux. Ils étaient vraiment amis jusque là.»

« L'euphorie de la fête, quelques verres, des envies refoulées... Je vois le tableau. Tout était réuni pour qu'on en arrive là. Tu vois, quand je disais que je sentais quelque chose, c'était pour de vrai !»

« C'est un bon gars Seamus. Et puis même si ils ont fait une bêtise, je pense qu'ils s'aiment vraiment.»

‘De toute manière, on verra bien de quoi l'avenir sera fait. Ils ont quand même l'avantage d'avoir été amis avant, ce n'est pas comme si ils venaient tout juste de se rencontrer.»

« Je n'ai pas élevé ma fille comme ça !»

« Je sais bien. En attendant, il me paraît bien seul le pauvre !»

« Tu crois qu'il ne sent pas assez à l'aise pour rester avec nous ?»

« Il préfère rester sur le porche à jouer aux échecs dans le noir. Je dirais qu'il ne se sent effectivement pas encore tout à fait à l’aise.»

« Il faudra bien de toute manière.»

« Il peut toujours attendre que tu sois mort au pire !»

« Tu crois que c'est moi qui lui fait peur ?»

« Qui n'a pas un peu peur de son beau-père ?»
« Et Marina, elle en pense quoi ?»

« Elle est ravie, elle va de nouveau être grand-mère ! Elle passe ses journées sur internet à en discuter avec ses amis et les enfants !»

« Et le reste de la tribu ?»

« Ravis aussi. Mais je soupçonne les garçons de vouloir toucher deux mots à Seamus.»

« Ce n'est pas ça qui va le mettre à l'air. Vu comment ils sont taillés, si en plus ils lui tombent dessus…»

« Mais non rien de méchant. Ils veulent juste lui poser quelques questions !»

« Comme toi avec ton cocktail ?»

« Oui, exactement.»

« Donc c'est bien ce que je dis !»
« Elle attends des jumeaux ou quoi ? Ça va être un gros bébé !»

« Ils sont toujours plus ou moins de la même taille.»

« Je sais ça, je dirais même qu'ils ont exactement la même taille.»

« Tous les bébés se ressemblent un peu.»

« Je croyais que c'est ce que disait les gens qui n'ont pas d'enfants ? Tu es en train de me dire que tu n'arriverais pas à reconnaître tes propres enfants si je te montrais des photos d'eux bébé ?»

« J'ai dit un peu. J'ai pas dit totalement ! Bien sûr que je serais capable de reconnaître mes enfants !»

« Tu m'as fait peur.»

« Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit aussi !»

« Oui, oui. Toujours est-il que toutes les femmes ne sont pas égales devant la grossesse.»

« Tant qu'elle ne grossit pas plus que nécessaire, ça devrait aller.»

« Je vois que tu as finalement trouvé un apprenti !»

« Tu disais qu'il se sentait pas trop à l'aise et je me suis dit que ça serait un bon prétexte pour passer du temps ensemble et le détendre un peu !»

« Et ça donne quoi ?»

« Il est plutôt habile. Et il comprend vite.»

« J'en déduis que tout se passe bien ?»

« Oui. J'aurais pu tomber sur pire.»

« Tu veux dire que ta fille aurait pu tomber sur pire ?»

« Aussi !»

« Tu sais qu'elle ne choisi pas en fonction de toi, n'est-ce pas ?»

« Justement, c' est pour ça que je disais que j'aurais pu tomber sur pire !»

« Ne me dit pas que vous fêtez encore quelque chose !»

« Non pas du tout ! Pourquoi ?»

« Rosaria, dans la cuisine, en train de préparer quelque chose.»

« Le petit déjeuner peut-être ? Ça lui permet aussi de s'entraîner pour son boulot.»

« Ah ! Ça explique aussi pourquoi personne n'est habillé.»

« Tu regardes l'heure parfois ?»

« Il n'est plus vraiment l'heure de petit-déjeuner.»

« Y a jamais d'heure !»

« Si tu le dis. En tout cas, il a l'air un peu plus à l'aise le nouveau.»

« Merci qui ?»

« Ne te réjouis pas trop vite... Peut-être que la présence de Rosaria dans la pièce aide un peu aussi.»

« Ça pour être à l'aise avec Rosaria, il l'est. Complément gaga.»

« Parce que tu ne l'étais pas ?»

« Sûrement moi que ça. Il passe son temps à lui toucher le ventre, à parler au bébé.»

« Il paraît que c'est bon pour le développement, d'entendre la voix des parents... Ce genre de chose.»

« Et la musique aussi. Mais c'est pas pour ça qu'il faut le faire à longueur de journée.»

« Laisse-les, c'est leur premier enfant. C'est tout nouveau et excitant.»
« Et puis je vois qu'il n'est pas seul.»

« Je n'ai pas le droit d'avoir une discussion avec ma fille ?»

« C'est au moins la cinquième fois que tu lui demandes pour quand c'est prévu !»

« C'est parce que je vois que ça commence sérieusement à être inconfortable pour elle. Et comme on ne peut pas faire grand chose à ce stade, la seule châle qui l'a soulagera sera de mettre ce petit bout au monde.»

« Je ne suis pas sûr que sur le moment cela sera un soulagement.»

« Mais après que du bonheur.»

« J'attends de voir cet enfant avant de me prononcer. J'espère que ce sera un petit roux !»

« Toi et tes petits roux…»

« Ça y est, la cavalerie est arrivée ?»

« Ça fait déjà un moment qu'ils sont arrivés. Mais t'étais pas là.»

« Je me disais aussi qu'ils ne feraient rien sans le troisième mousquetaire !»

« Mousque-quoi ?»

« Laisse-tomber.»

« Arrête d'utiliser des références comme ça si tu veux pas m'expliquer après !»

« J'y penserais. Alors, comment s'est passé l'interrogatoire ?»

« Si tu observes la situation actuelle, je dirais plutôt bien.»

« Logique, ils ne seraient pas en train de plaisanter ensemble si ils avaient décidé qu'il n'était pas assez bien pour leur sœur.»

« Je pense que le fait qu'ils se connaissaient tous déjà aide un peu.»

« Tu serais surpris de voir comment une opinion peut changer brusquement quand le contexte change. Mais je suis heureux de voir que tout le monde s'entend bien.»

« Et moi donc !»

« Je vois que tu t'es empressé de faire son portrait.»

« Le conseil a tranché, il continue l'aventure avec nous !»

« En parlant de continuer l'aventure... C'est l'heure !»

« L'heure de ?»

« Je pensais que les cris de ta fille dans le salon t'auraient mis la puce à l'oreille. Seamus lui a compris.»

« Et ils sont toujours pas parti à l'hôpital ?»

« On y vient. Même les mieux préparés peuvent perdre leur moyens quand le moment fatidique arrive.»

« Bon j'y vais.»

« Ne te presse pas trop non plus, Antonio et Brenna savent quoi faire. Et puis ça vient de commencer.»
« Ça y est, ils sont arrivés sains et saufs. Seamus vient de se présenter à l'accueil et ils n'ont plus qu'à attendre sinon les prenne en charge.»

« Tu me tiens au courant…»

« Comme la dernière fois ! Ne n'inquiètes sur pas, tout va bien se passer. Tout se passe toujours très bien.»

« De nos jours, les docteurs ne sont plus ce qu'ils étaient. Avec leurs machines, ils oublient comment on fait à l'ancienne... et si il arrive quelque chose, qui sera quoi faire ?»

« Ce qu'il faut pas entendre quand même ! Bien sûr qu'ils sont tout à fait compétents. Je la laisserais pas venir ici si ce n'était pas le cas.»

« La laisser venir ici ? Tu pourrais l'envoyer ailleurs ? C'est le seul hôpital de la région !»

« Disons que je pourrais changer deux trois choses si je le voulais.» 
« Le plus gros risque n'était pas de savoir faire sans la machine, mais plutôt avec dans ce cas.»

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Rosaria va bien ?»

« Tout va très bien. Ils ont même pas encore commencé. Le médecin a juste du mal avec les commandes mais on va y arriver. Ils sont allé chercher de l'aide. Enfin quelqu'un qui s'y connaît.»

« Tu ne les laisses pas toucher ma fille tant que tout n'est pas au point !»

« Ok chef !»

« Et Seamus, il fait quoi ?»

« Ils lui ont dit d'attendre dans la salle d'attente. Qu'ils viendraient le chercher quand tout sera prêt. Mais ne t'inquiètes pas, il a râlé comme toi.»

« Tu veux pas changer un ou deux trucs maintenant ?»

« Tu vois, aucune raison de s'inquiéter ! Tout est allé comme sur des roulettes !»

« Je vois surtout que tu as rien fait !»

« Tu voulais que je fasse quoi ? Je savais qu'ils allaient finir par s'en sortir sans abîmer te fille. Et son bébé.»

« Tout le monde ne sait pas tout !»

« Moi non plus, mais quand je suis quelque part, je sais tout ce qui s'y passe.»

« Je laisse passer parce que je suis trop heureux de rencontrer ma petite fille.»

« C'est donc une fille ?»

« Oui. Rosaria et Seamus ont décidé de l'appeler Aurora.»

« C'est très joli.»