45. World of two

« Encore un brun ? Bon au moins il a les yeux verts. On avance. Mais il va falloir continuer les efforts.»

« Il est très bien mon petit fils !»

« Pas assez roux !»

« Mais t'as pas fini ? Et si jamais y en a pas un de roux ? Tu fais comment ?»

« On verra. Pour l'instant c'est encore possible de se rattraper. Il faut juste enchaîner jusqu'à ce qu'on trouve la perle rare.»

« Ma fille n'est pas une usine à bébé ! Et puis tu voudrais que le lui explique ça comment ?»

« Ça c'est ton problème, elle ne m'entend pas de toute façon !»

« Ça t'arrange bien on dirait. C'est pas toi qui aurais l'air ridicule si tu devais avoir cette conversation.»

« Aurais ?»

« Tu crois sérieusement que je vais le faire ? Je préfère laisser les choses suivre leur cours.»

« On en reparlera quand tu n'auras pas d'héritier potentiel !»

« La conversation s'arrête là ? Tu vas où ?»

« Chez ton fils. C'est l'anniversaire d'Edith, je ne veux pas en rater une miette !»

« Ça commencera pas sans les invités, et les invités c'est nous. Jusqu'à preuve du contraire, on est encore ici.»

« Faux ! J'ai vu Aurora partir. Elle est déjà arrivée d’ailleurs.»

« C'est pas très intéressant toutes ces conversations d'enfants. Tu devrais rester avec moi.»

« Toi tu as envie de continuer notre conversation.»

« Bien sûr ! C'est de l'avenir de ma famille dont on parle.»

« Ça tombe mal alors parce que je n'ai pas envie.»

« Et pourquoi ça ?»

« Les règles sont les règles. Je n'y peux rien. Tant que c'est possible, il faut continuer d’essayer.»

« Et c'est pas toi qui les posent ces règles ?»

« En partie, mais c'est compliqué.»

« C'est toujours compliqué…»

« Rosaria adore les enfants. Je suis sûr qu'elle serait ravie d'en avoir plus. Regarde comme elle sert sa nièce dans ses bras…»

« Finalement tu as envie d'en parler ?»

« Je pense que je n'ai pas le choix. J'ai comme l'intuition que tu ne lâcheras pas l'affaire si facilement.»

« Bien sûr que je ne lâcherais pas l'affaire. Je défends ma famille jusqu'au bout.»

« Personne n'attaque ta famille.»

« Mes petits enfants te plaisent pas.»

« Ce n'est pas ma faute. Selon les règles établies, l'héritier doit être roux aux yeux verts. Et dans la mesure du possible avoir un penchant pour l'art. Musique, peinture, écriture... Peu importe.»

« Elles sont idiotes ces règles !»

« Je ne te permets pas !»

« Et puis Rosaria a déjà deux enfants à la maison, pourquoi elle en voudrait plus ?»

« Tu lui as demandé ?»
« Bon chut, c'est le grand moment !»

« Chut toi-même !»

« Tu ne veux même pas arrêter deux minutes pour voir ta petite fille souffler ses bougies ?»

« Si ! Mais je ne veux pas que tu en profites pour changer de conversation !»

« Comme si ça allait être aussi facile !»

« T'es plutôt tenace !»

« Et bien toi aussi. Je te l'ai déjà dit, les règles sont les règles. Si on est dans une impasse, on avisera.»

« On est déjà dans une impasse.»

« Nous serons dans une impasse quand Rosaria ne pourra plus faire d'enfants. Pour l'instant on a encore un peu de temps.»

« Non mais tu veux sérieusement que je lui demande d'enchaîner les bébés jusqu'à ce qu'un petit roux pointe le bout de son nez ?»

« C'est le plan !»

« Et bien il ne me plait pas !»

« C'est fou ce que tu me rappelles tes derniers jours. »

« Mes derniers jours ?»

« Dans l'autre monde.»

« Et en quoi je te rappelle ça ?»

« Grognon.» 

« Je ne suis pas grognon, je suis outré !»

« Outré ?»

« Outré parce que tu me demandes.»

« Tu ne serais pas content d'avoir pleins de petits enfants ?»

« J'ai pas besoin de repeupler la planète entière !»

« Je vois bien ton visage quand tu les serres dans tes bras, tu es l'homme le plus heureux du monde !»
« Ça y est, tu es décidé ?»

« T'étais où ? Ça fait un poème que je t'ai pas vu ?»

« Je suis allé faire un tour chez les jumeaux, en attendant que tu te calmes. Ils ont eu quelques jours assez mouvementés.»

« Que je me calme ?»

« Que tu te fasses à l'idée, tout ça.»

« C'est une blague ? Je reste toujours sur ma position.»

« On en reparlera dans quelques temps !»

« .... C'est vrai que les jumeaux ont eu quelque jours assez chargés !»

« Je vois que tu évites le sujet. D'accord. Je te suis.»

« Merci. On en reparlera effectivement plus tard.»

« L'anniversaire des jumeaux... J'ai versé une petite larme. La nouvelle génération prendra bientôt le contrôle.»

« Ils ont tous un emploi de temps incroyablement compliqué, ils n'ont pas pu nous inviter. Mais Rosaria leur a déposé des gâteaux, comme ça on était un peu avec eux.»

« Tu te rends compte quand même ? Ils sont adultes et responsables maintenant.»

« Pour moi ce sont toujours mes enfants, je n'arriverais jamais à réaliser.»

« Surtout que tu n'as jamais eu l'occasion d'en faire l'expérience !»

« Tu crois que je vais rester assez longtemps pour les voir vieillir ?»

« C'est déjà le cas.»

« Non mais je veux dire, cheveux blancs et tout ça.»

« Qui sait. Vous vous accrochez pour l'instant, Marina et toi.»
« Tu devrais plutôt te réjouir, avec encore un mariage à célébrer.»

« Et toi tu dois être sacrément blasé, encore un mariage à célébrer.»

« Mais tu me prends pour qui ?»

« C'est pas toi qui te plaignait de toutes ces fêtes qu'on organisait ?»

« Avoue quand même que ça s'enchaîne souvent !»

« J'y peux rien.»

« Je sais bien. Mais il faudrait peut-être essayer de ... Regrouper les événements ?»

« Un mariage acheté, un anniversaire offert ?»

« Dit comme ça, ça semble stupide mais c'est l’idée.»

« Je ne sais pas les personnes concernées apprécieraient de partager leur grands jours.»

« Marina et toi avaient bien fêté votre anniversaire ensemble !»

« C'est pas pareil, on est ensemble.»

« Vous devriez quand même y penser.»
« Regarde, les jumeaux ont tout compris, ils font tout par deux.»

« Je suis peut-être grognon, mais tu deviens un peu embêtant avec le temps.»

« C'est le stress ça.»

« Le stress ?»

« De ne pas avoir d'héritier potentiel. Le temps presse.»

« Je croyais qu'on s'arrangerait si ce n'était pas le cas ?»

« Je préférerais suivre les règles.»

« Tu serais tellement plus détendu sans ses fichues règles. Et moi aussi par la même occasion.»

« On ne peut pas tout avoir !»
« En tout cas le mariage était plutôt réussi.»

« Un peu tôt à mon goût.»

« Un mariage au petit matin, c'est plutôt original. Et la lumière est magnifique.»

« J'aurais préféré un mariage au petit soir. J'aurais eu un peu plus de temps pour dormir.»

« Et c'est moi qui râle sans arrêt ?»

« Je suis plus tout jeune je te rappelle. Je récupère moins vite et je me fatigue beaucoup plus vite.»

« Tu es toujours debout au milieu de la nuit de toute façon. Tu auras qu'à aller faire une sieste après.»
« Et puis deux mariages en un, ça t'évites de te lever tôt une nouvelle fois.»

« Youpie.»

« Quand je disais que tu étais grognon, tu ne te réjouis même pas pour tes enfants.»

« Si, mais je suis fatigué. Pourquoi ils ont fait ça aussi tôt.»

« Tu sais très bien que leur emploi du temps est chargé. C'était le moment qui convenait le mieux.»

« Et le week-end ?»

« Ils travaillent le week-end.»

« Et des jours de congés ?»

« Tu n'étais pas obligé de venir si tu ne voulais pas.»

« Bien sûr que je voulais venir, sinon je ne me serais pas levé pour y allé.»

« Ce n'est pas à moi qui fallait te plaindre.» 

« Ils ont bien d'autres choses en tête !»

« Avec un bébé en route pour Brenna, c'est sûr qu'il vaut mieux éviter de la contrarier. Avec toutes ces hormones, il est difficile de prévoir la réaction qu'elle pourrait avoir.»

« Je ne voudrais pas gâcher leur bonheur pour des broutilles.»

« Par contre ça ne t'a pas empêcher de m'embêter moi.»

« Comme si tu avais pas l’habitude.»

« C'est pas une raison quand même. Et moi je l'ai apprécié ce mariage.»

« Facile pour toi. Tu n'as pas besoin de sommeil.»

« Qu'est-ce que tu en sais ?»

« De toute manière, il n'y a pas que Brenna qui pourrait être fortement contrariée. Donc la question ne se pose pas.»

« Dommage pour moi.»

« Tu crois vraiment que je vais en reparler comme ça ?»

« Je ne sais pas avec l'âge on finit souvent par perdre un peu la tête.»

« Je me sens très bien.»

« Ils disent tout ça.»

« Qui ils ?»

« Les gens qui ne vont pas bien.»

« Donc maintenant je suis fou ?»

« Juste grognon. Mais c'est peut-être un signe.»

« Ça t'arrangerait. Tu pourrais me faire faire des choses sans que je m'en rende compte.»

« Si tu savais.»
« Je vais juste garder cette image de toi, heureux.»

« Je ne peux-être qu'heureux quand la famille s'agrandit !»

« Et tu ne veux pas que Rosaria continue à agrandir la famille, c'est à n'y plus rien comprendre.»

« Faire des enfants juste pour trouver l'enfant parfait, tu trouves pas ça malsain ?»

« Mais vous les aimerez autant les uns que les autres non ?»

« Bien sûr ! »

« Où est le problème alors ?»

« Je crois qu'il vaut mieux que tu commences à réfléchir à une solution alternative !»

« Tu penses qu'il y a une chance qu'un de de tes petits enfants à venir soit roux ?»