Jour 322

Pour faire suite à ce que je disais hier, je me suis dit qu'il était temps que j'ai une petite conversation avec ma fille. A propos de notre famille, de mon plan et de ce journal.
Parce que j'ai enfin un plan, et pour le mettre en marche, je vais avoir besoin d'Elisa. Je suis bien trop vieille pour me lancer moi-même. Ca ne pourrait pas marcher avec moi.
La première partie de la conversation s'est déroulé plutôt bien. Ma fille était même plutôt enthousiaste à l'idée de continuer de mettre par écrit les aventures de notre famille.
Une première depuis le début, il était presque temps ! Enfin un vrai passage de témoin entre le propriétaire actuel du journal et son successeur. 
Si je n'ai pas réussi à être celle qui aura réussi à briser cette stupide malédiction, au moins j'aurais eu l'impression à un moment de ma vie d'apporter quelque chose de nouveau dans la famille. En espérant que cela continue avec les générations futures.
Pour ce qui est de la deuxième partie de la conversation, celle où j'ai évoqué mon plan, tout ne s'est pas passé exactement comme je l'aurais souhaité. Mais si c'était un jour le cas pour cette famille, ça se saurait.
Il faut pourtant croire que j'ai très mal jugé la situation ou que je suis la seule à me soucier de l'honneur de notre famille. Mais pour cette fois, je vais dire que c'est moi la fautive, sans l'ombre d'un doute.
Si je suis prête à tout pour arriver à mon but, je n'ai pas pansé aux gens que cela pouvait blesser au passage. Pas physiquement.
Je me doutais que ce que j'allais proposer n'allait pas être facile à accepter, mais je n'avais pas réfléchi au fait que mon expérience de la vie me fait voir les choses sous un autre angle.
Ma fille est encore jeune, elle a la vie devant elle. Encore insouciante.  Elle n'a pas connu la peine d'être une femme dans cette famille. L'impuissance contre une force qui nous laisse seule et le coeur brisé. 
Je pensais sincèrement qu'utiliser cette faiblesse était la meilleure solution, un mal pour un bien En faire une force, pour faire tomber notre ennemi de toujours et se relever, encore plus fort.
Ah oui, j'étais fière de mon plan. J'avais mis du temps à y penser mais une fois là, ça me paraissait comme une évidence. Un plan que seule une femme pouvait porter.
Mais j'ai fait une erreur grave. Je ne me suis pas mise à la place de ma fille. Je n'ai pas pensé à sa réaction face à ce que j'allais lui demander. 
Elle me prend sûrement pour une folle maintenant. Et elle refuse catégoriquement d'en parler plus sérieusement. Elle a sans doute raison. J'ai été stupide.
Et pourtant ! Le sacrifice n'est pas si énorme quand on a rien à perdre pour commencer.
Cette malédiction la frappera, d'une manière ou d'une autre, alors pourquoi ne pas en profiter ?
Je pense que c'est ça qui ne lui a pas plu. Elle pense sans doute comme moi que ce sera différent pour elle, que l'homme de sa vie va un jour se manifester. Et suivre mon plan, c'est lui retirer cette chance de vivre heureuse.
J'espère me tromper et qu'elle trouvera cet homme. Mais si j'ai raison, j'espère qu'elle n'attendra pas trop longtemps, comme je l'ai fait. Et qu'elle changera d'avis. Le plus tôt sera le mieux.
Je sens que ma fin est proche