15. Histoires de vêtements

« Tu as enfin fini ? Magnifique tableau ! »

« Je sens comme une pointe de sarcasme dans ta voix »

« Il faut dire que c’est assez spécial… J’espère que tu appliqueras les conseils de Rosaria pour le prochain. »

« Qui te dit que ce n’est pas le cas ? »

« Alors Rosaria est moins douée que ce que je pensais. »

« Déjà de retour ? »

« Oui, je me suis déjà remis du choc. »

« Le choc ? »

« Oui la vue de ton dernier tableau m’a un peu boulversé. Depuis le temps que tu as commencé, j’aurais pensé que tu aurais atteint un niveau un peu plus élevé. »

« Tu as sans doute raison. »

« J’ai du mal entendre. »

« Non regarde le tableau que je viens de finir. Il est bon pour la poubelle non ? »

« Décidément, je dois vraiment rien comprendre à l’art… »
« Sans vouloir te critiquer, je crois que ta femme se promène en petite tenue dans votre jardin. Sous la pluie.»

« Elle a sûrement une bonne raison. Quelque chose d’important à faire. »

« J’espère. Mais dans cette tenue ? »

« Elle fait ce qu’elle veut. Et ce n’est pas ma femme ! »

« Il serait temps de faire quelque chose à propos de cela non ? »
« Bon elle est allée payer les factures c’est plutôt une bonne raison. Surtout si on veut éviter que l’huissier revienne. »

« Oui, ça serait bien d’éviter à nouveau sa venue. »

« Tu vois, tu as fini par admettre que j’avais raison. Ce n’est pas sain de le laisser venir comme cela. Quel message cela envoie-t-il à ton fils ? »

« Non, c’est juste que ça me permet d’éviter une nouvelle leçon. »

« Je vois … »
« Et là elle fait quoi ? Son jogging ? Je commence à m’inquiéter pour sa santé mentale. »

« Je t’assure que tout va bien de ce côté. Elle devait sûrement avoir une bonne raison. » 

« C’est possible mais là je ne vois vraiment pas laquelle. »

« Il te suffit de la suivre et tu sauras. »

« Je préfère ne pas savoir. Il y a des choses qu’il vaut mieux ignorer parfois. »
« Ton fils est encore très studieux. Contre toute attente, il s’en sort plutôt bien. »

« Contre toute attente ? Ça veut dire quoi ça ? »

« Et bien, avec des parents aussi occupés que les siens, il aurait pu très mal finir. »

« Qu’est ce que c’est que cette insinuation ? Tu peux que Rosaria et moi sommes de mauvais parents ? »

« Pas du tout, juste très pris, ce qui laisse peu de temps pour passer du temps avec votre fils. »

« Donc, en gros, des mauvais parents. »

« Mais non tu mélanges tout ! Regarde là tu passes du temps avec lui. Tu manges et il fait ses devoirs à côté de toi. Cela vous permet d’échanger un peu. »
« Tu vois, tu passes encore du temps avec lui. »

« Je peins et il fait ses devoirs. On a vu mieux comme activité père/fils. »

« Au moins vous pouvez discuter en même temps. »

« Normalement tu aurais du me rassurer là. Ce ce que tu viens de dire ne m’aide pas vraiment. »

« Tu ne devrais pas avoir besoin d’aide. »

« C’est toi aussi qui me mets ces idées dans la tête ! »

« Chacun son tour pour le dîner ? »

« Il nous a demandé si il pouvait aller au festival demain. »

« Quel est le rapport ? »

« On lui a dit seulement si il avait fait ses corvées. Il fait un peu de zèle. »

« Il est bien ce petit. Il sait qu’il faut bosser dur pour avoir ce qu’on veut. »

« Dur, dur, on lui a juste demandé de ranger sa chambre. C’est pas le bagne non plus. »

« Le voilà donc au festival. Il n’y a pas grand monde on dirait ! »

« Mais tu l’espionnes en plus ? »

« Cela ne te rassure pas de savoir que je suis là ? »

« Bon j’avoue qu’effectivement cela me rassure un peu. Et puis si jamais il fait des bêtises, tu pourras me prévenir. »

« Je suis confiant. Ce n’est pas vraiment un rebelle. »

« Il a l’âge où tout peut changer. Un enfant modèle peut vite devenir un vrai cauchemar. »

« Tu lui fait vraiment confiance dis-donc. »

« On a tout été à sa place. On sait ce qui peut se passer ! »

« Cette image me rappelle bizarrement quelque chose. »

« Ah que de bons souvenirs. »

« Il a vraiment pris de vous deux. Je me demande ce que ça donnera une fois adulte. Un tombeur comme son père ? »

« Tombeur, tombeur… Si tu te souviens bien, je n’ai pas vraiment eu de chance jusqu’à Rosaria. »

« C’est vrai. Je ne comprends pas pourquoi tu n’es toujours pas marié d’ailleurs. Toi qui voulait absolument rencontrer l’âme soeur. »

« Pas besoin de ça quand on est avec la femme de sa vie. »

« Un futur roi du potager ? J’ai comme l’impression qu’il va vous apporter quelques citrouilles. »

« C’est pas vraiment la saison pour planter quelque chose. Le temps qu’on y arrive, elles seront plus bonnes à rien. »

« Parce que tu penses qu’il faut planter la citrouille pour en faire pousser une autre ? »
« Et bien il y a du monde finalement. On dirait que ton fils s’est fait quelques amis. Il serait temps, il ne me semble pas l’avoir vu avec quelqu’un d’autre que vous depuis sa naissance. »

« C’est sans doute parce qu’il est assez malin pour se cacher. »

« Pourquoi se cacherait-il ? Tu lui as parlé de moi ? »

« Non. »

« Donc il n’a aucune bonne raison de se cacher. A moins qu’il ne se cachent pour ne pas que ses parents ne voient ce qu’il est en train de faire. »

« Qu’est ce que tu insinues ? »

« Rien. Il est ado, c’est tout ! A cet âge on aime pas trop que les parents mettent le nez dans nos affaires. »
« Ça aussi ça me rappelle des souvenirs. »

« Ça fait un peu peur aussi. »

« Ou comment obtenir un costume d’Halloween pas cher. »

« Il a gagné ? »

« Non mais au moins, il ne vous dévalisera pas le frigo en rentrant. C’est un peu la bonne astuce pour manger pas cher ce concours. »

« Vu les quantités, je crains que n’importe quelle personne qui décide de vivre uniquement en participant à ce concours finirait très vite obèse. Et puis ce n’est pas très variée comme alimentation. »

« Depuis quand c’est un problème. A tes débuts tes repas n’étaient pas très différents les uns des autres, et tu t’en es très bien sorti. »

« On en reviens toujours à moi c’est ça ? »

« Tu es un modèle dans le domaine ! »
« Je vois que Rosaria ne s’est toujours pas habillée. Au moins elle est revenue entière de son excursion. Et ton fils aussi. C’est mignon que la première chose qu’il pense à faire c’est raconter son après-midi à sa maman. Comme quoi, vous être plus proche que je ne le pensais !»

« Cette histoire de petite tenue est une histoire qui va souvent revenir, je le sens. »

« Je ne vois pas de quoi tu veux parler ! »

« Tu aimes bien me rappeler les mauvais souvenirs, jamais les bons. »

« Mauvais ? »

« Tu sais très bien ce que je veux dire. »

« Nous avons évoqués quelques bons souvenirs il n’y a pas si longtemps. »

« Les bons souvenirs, c’est jamais pour me féliciter. Pas contre dès qu’il s’agit de se moquer de moi… »

« Tiens ça faisait longtemps que tu ne t’étais pas plaint ! Si je m’excuse ça te va ? »

« Ça serait une première ! »

« Qui est cette jeune femme ? Elle a l’air abasourdi de voir Rosaria ! C’est parce qu’elle est habillée ? »

« Et voilà, qu’est ce que je disais… »

« Bon je m’excuse. Ça va ? »

« On va dire que pour cette fois, c’est bon. Mais j’espère que c’est la dernière fois. »

« Qui est cette jeune fille alors ? »

« Une cliente de Rosaria. Les jeunes à cette âge, ils changent de style comme de chausettes. »

« C’est quoi son petit nom ? »

« Quelque chose Monty je crois. Je ne me souviens pas très bien. »

« En tout cas, j’ai comme l’impression qu’elle est importante ! On devrait garder un oeil sur elle, au cas où ! »